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Invité a écrit:

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le Ven 25 Jan 2013 - 11:13
Voilà. Après Warp qui est un peu tombé à l'eau par un énorme manque de motivation et une perte de toutes mes données accumulée dessus (fiche de perso, d'univers, chronologie, tout envolé par un grillage d'USB card....), je me suis enfin décidé à réécrire une histoire suivie sans grand rapport avec NW. Mon style a.... Quelques peu évolué depuis, avec les différents exercices de style auquels je me suis appliqué.

Je fais ça pour ceux qui veulent le lire. Mais surtout pour moi. Si vous avez des critiques, je suis preneur.

SECRET D’ÉCRITURE:

Partie 4 et 5 sorties!
Enfin, l'arc et l'histoire trouvent une direction. Enfin surtout l'arc, hein, qui envoi du lourd, du très très lourd, enfin, a mon avis, sur la partie 5. La partie 4, elle existe plus pour me détendre avant la tempête de bordel qui a lieu en partie 5. Bref: j'adore VDM.
Et je tiens à dire, avant qu'on ne m'incendie, que je n'ai rien contre Stéphanie Meyer, qui a quand même écrit 4 bouquins assez audacieux et pas trop con mine de rien (je parle pas des films hein) bien que ce ne soit pas trop mon style.

ACTE 1: La nuit ou tout changea.

1.
Je n’étais pas quelqu’un de spécialement intelligent. Ni drôle. Mon physique n’étais qu’assez peu enviable ou désirable. J’étais loin de rouler sur les billets. Je n’étais pas gentil, ni même méchant. Je n’avais pas de motivation particulière, ni même envie d’avoir un futur glorieux. Mon passé, ma famille, rien de tout cela n’était extraordinaire, et mon arbre généalogique ne représente que peux d’intérêt. J’avais une grande sœur en FAC de droit, et mes parents étaient des employés de bureaux. Je ne marquerai l’histoire d’aucune manière, et de toutes façon, je n’avais pas envie de la marquer. Je n’étais pas particulièrement passionné par quelques choses. Je n’avais pas de hobbies, pas d’activités. Je n’étais jamais tombé amoureux. J’étais vierge : je n’avais jamais eu l’occasion de passer ce cap apparemment saint et, de toute façon, je m’en fichais un peu. Voilà. C’est ce que j’étais. Je m’appelle Benoit et, outre tous ses détails peu passionnants, je vois les fantômes, et cette nature peu commune m’a amené à voir beaucoup de trucs bizarres sans que ça ne change quoi que ce soit dans ma vie jusqu’à ce jour fatidique. Ou la raison pour laquelle les films ne disent pas la vérité. Pas toujours.

Honnêtement, j’avais du mal jusqu’à peu à concevoir qu’on puisse résumer un être humain en quelques mots bien choisis, mais je viens de le faire, pourtant. En fait, c’est incroyable, cette capacité que j’ai à me contredire. J’ai toujours eu ce don, celons Alizée. Cette fille, ce n’était rien de plus qu’une fille de mon âge, ma meilleure amie ; ou plutôt qui me considérais comme son meilleur ami, sans que je comprenne vraiment pour quelle raison. Alizée, c’est une fille qui, par contraste avec moi, avait des kilotonnes de choses à raconter. D’ailleurs, elle parlait beaucoup. Beaucoup trop, parfois. Elle avait beaucoup d’amis : sur facebook, plus de 600 à vrai dire (comparativement, j’en avais 156, ce qui est déjà honorable, je trouve). Elle se passionnait pour tout, portait de l’attention à tout le monde, était capable de parler de n’importe quoi avec n’importe qui. Son père était croque mort, sa mère travaillait dans l’assurance vie. Un de ses ancêtres était écrivain, un autre a été l’un des généraux de Che Guevara. Elle avait eu une dizaine de petits amis, avec qui elle avait toujours eu des relations tumultueuses, passionnées, courtes mais intenses. Son physique ? Grande, blonde, le sourire facile, des yeux ambrés tirant sur le jaune vifs, un corps que je considérais, objectivement, comme parfait pour les standards de reproduction occidentaux. Elle avait de grandes ambitions : Chirurgienne, Neurologue, Cardiologue, artiste. Elle s’en donnait les moyens. Elle faisait du Tennis le Jeudi soir, du violon le Vendredi, de l’Aikido de Samedi matin, du théâtre le Samedi soir. En plus des cours, ou sa moyenne générale donnait dans les 15 sur 20. Et, si vous vous demandez comment elle pouvait tenir le rythme, sachez que c’était un Loup Garoux et qu’elle avait donc une résistance physique accrue ; le revers de la médaille, c’est qu’à la pleine lune, elle se transformait en un monstre assoiffé de sang quand elle ne prenait pas son médicament.

C’est à peu près tout. Tous deux habitions Bordeaux, tous deux fréquentions le même lycée et, mis à part ses deux détails, objectivement, je n’avais rien à voir avec elle, et je n’avais jamais compris pourquoi elle s’accrochait tant à moi. Mais j’avais depuis longtemps adhéré au principe du faire valoir : je ne servais qu’à embellir cette fille depuis la primaire, à faire contraste avec elle.

Jusqu’à ce jour là. Ou voir des macchabés allait enfin donner une dimension à mon existence que je n’aurais jamais soupçonnée.

Jusqu’ici, comme je l’ai expliqué précédemment, ce « pouvoir » avait peu changé ma vie : lorsque les gens sont morts, ils le restent pour l’éternité. Je les voyais, tous, depuis mon enfance, quitter ce monde, aller vers la lumière, peuplant les cieux de leurs ombres comme des étoiles de jour ; toutefois, il arrivait que certains restent sur terre pour une raison particulière. Quand j’étais petit, j’en avais un peu peur, de ses figures défigurées par la mort cherchant la rédemption finale ; mais quand je finis par en croiser à tous les coins de rues, des fantômes millénaires au plus jeune cadavre cherchant à me parler, ne comprenant pas leurs états soudains… J’avais finis par ne plus y prêter attention. J’avais cherché à les aider, enfant ; mais que peux faire un petit morveux face à la fatalité ? Les macchabées eux-mêmes ne connaissant pas leurs dernières volontés, je n’allais pas perdre mon temps à tous les aider, et ruiner ma vie pour des âmes qui, de toute façon, n’en ont plus. Je les ignorais donc. Et, mis à part Alizée, personne ne connaissait mon secret, que je n’avais aucun mal à cacher.

Mais ce jour là…

Aujourd'hui, Alizée avait voulu me faire rencontrer son nouvel « amour de sa vie », ou comme je préférais les appeler, son nouveau « futur ex ». Cette fois, elle semblait toutefois tellement convaincue par son choix que j’acceptais de me rendre, après son Aikido, autour d’une table ; plus précisément autour de celle du Kalife Kebab. Celons moi, ce restaurant portait bien ses initiales ; mais elle l’adorait plus que tout ceux de la ville. Et Bordeaux était une ville particulièrement gastronomique.

2.

« Et tu vois, je lui ai dit, je lui ai dit clai’ement d’assumer ses actes. Pa ‘ce que le stylo, il me l’avait explosé su’ le pantalon…

-C’est vrai que les gens sont vraiment lâche, c’est un truc de fou, moi l’autre jour… Mais de qui tu parles, Edmund ?

-Bah de Jean Paul.

-Qui est Jean Paul ? »

Edmund Dale Forest Brooks. C’était donc lui. Je le connaissais seulement de réputation : très grand, d’origine afro-américaine, les mèches sombres descendant sur ses épaules et les yeux noisette noyés dans un océan de vide spirituel. Il n’était, de toute évidence, ni méchant, ni trompeur : sans doute avait-il trop d’encyclopédique stupidité en lui pour faire quoi que ce soit de mal ou blessant. Sa voix laissait ressortir un accent fort, et son sourire d’un blanc éblouissant, porte étendard de sa bonne humeur permanente, portait les femmes vers lui, sans qu’il ne s’en rende véritablement compte. Etrangement il était réputé d’une fidélité à toute épreuve ; il n’avait jamais terminé lui-même une relation. Au moins, Alizée ne serait pas malheureuse pendant un mois de s’être fait berner par un homme seulement intéressé par sa mirobolante vertu.

« Ah mais si tu connais pas Jean Paul, tu peux pas comp’end’e l’histoi’e, hein. Jean Paul c’est le pote de Mustapha. »

Alizée n’osa pas couper la fierté de son amant en lui faisant remarquer qu’elle ne connaissait pas non plus Mustapha, et se contenta de souffler un « Ah. » peu convaincu. Elle enchaîna, comme si elle n’avait rien entendu.

La conversation continua jusqu’au bord de mon épuisement mental. Ils parlaient de leurs histoires, de leurs vies, échangeaient des banalités qui, apparemment, les faisaient rire et, plus étonnant, avaient des vertus aphrodisiaques tant la durée et l’intensité de leurs sensuelles accolades augmentaient, de façon exponentielle, au fur et à mesure que le temps filait. J’étais occupé à me demander lequel des deux parlait le plus, question hautement philosophique à mes yeux tant il fallait juger non seulement en quantité mais aussi en qualité (c’est dire à quel point je m’ennuyais ferme), quand un homme apparut du coin de la rue. Il avait de grand yeux vitreux, éteins ; son regard allait et venait tel un métronome. Ses vêtements étaient déchirés ; son ventre s’ouvrait sur ses tripes et son sang, relié au bas de son corps. L’ensemble évoluait en un bloc uni, d’une manière significativement improbable. Sa lueur étrange, transparente, ne me trompait pas : l’âme égarée d’un homme qui avait eu la malchance de se trouver sous un six tonnes. Son râle discontinu, son errance et ses yeux agars ne laissaient aucun doute sur sa nature : une liche, un fantôme sans but et sans conscience, simple relent d’esprit choqué pour l’éternité par la faute d’un Homme. De ceux qui ne pourraient trouver la paix qu’à la condition que la personne en question meure ; sans devenir un fantôme lui-même, sinon, la liche ne pourrait partir que si l’autre trouve la paix, et suivra l’âme aussi perdue qu’elle. J’avais ainsi parlé à un fantôme suivi par une bonne dizaine de liche, une fois, lors d’un voyage scolaire à Oradour sur Glane. Lieu particulièrement troublant pour le jeune garçon de treize ans que j’avais été, hanté par ce que je considérais à l’époque comme un fardeau.

Vous vous demandez sans doute pourquoi je donne des noms à des morts qui n’ont jamais trouvé la paix ; et bien, cela date de mes années collège. J’avais eu dans l’idée d’écrire un livre sur les fantômes, travaillé par l’idée de faire quelques choses de ma vie et de mon étrange don. J’avais donc classé les macchabés en cinq catégories : suicidés, liches, attachés, persuadés et, enfin, vengeurs. Toutefois, en cherchant à étudier de plus près les esprits, j’avais très vite abandonné : si une liche ou un suicidé étaient aisés à distinguer de pars leurs caractéristiques évidentes, les frontières entre les autres catégories étaient difficiles à cerner, et les raisons de leurs métamorphose d’ordre particulière y étaient pour beaucoup. Un attaché pouvait aisément être vengeur, ou un persuadé tout à la fois attaché… C’était trop complexe pour moi. J’en avais conclus qu’il n’existait pas vraiment de catégories autres que les liches et les suicidés.

Pour ce qui est des caractéristiques respectives de chaque catégorie… Honnêtement, je ne trouve pas ça très intéressant. J’en parlerai plus tard, peut-être. Si on recroise quelques ectoplasmes.

Je baissais la tête, troublé. Je ne trouvais déjà pas ce kebab délicieux, je me mis maintenant à l’assimiler à une bouillie d’organes internes. J’avais dit que j’ignorais les fantômes… Ce n’étais pas tout le temps vrai. J’essayais. Mais parfois, la mort me rattrapait pour me rappeler son existence. Le sandwich devint insupportable. Ecœurant. Vomitif. Je le déposais sur ma table.

« Je n’ai plus faim. »

Les deux autres m’ignorèrent, occupés à s’entre dévorer joyeusement les lèvres. La liche les observait, interloquée, gémissante : il arrivait que les liches s’interrogent sur une chose totalement anodine, pour peu qu’elle bouge. Un jeune enfant assis à la table d’à côté nous pointa du doigt, demanda quelques choses à son père, qui rit de bon cœur en lui tapotant sur la tête. Au comptoir, le cuisinier me regarda, sincèrement désolé pour moi. Je soupirais.

« Bon… Je vais vous laisser… »

Ils me saluèrent d’un geste de la main, à l’unisson. Je me levais, tournait à gauche. Souris. Ils m’avaient ennuyés, tant pis : ils payeraient ma part. Je ne comptais pas revenir ici de toute façon : une liche dégoûtante traînant dans les parages, c’était une excuse suffisante pour ne plus manger ces étrons. Alizée comprendrait. Et, Edmund n’ayant quasiment pas touché à son met (il avait bizarrement pris un sandwich au poulet), j’en déduisais qu’elle n’y reviendrait pas de sitôt non plus.

Je soupirais, me dirigeant vers la rue Sainte Catherine : une immense place commerçante grouillant de vies. Et de morts. Je regardais mon portable, distraitement. SMS collectif à une quinzaine d’amis. «Salut. Tu fais quoi ? ». Je regardai quelques vêtements, me dirigea vers la Fnac, fis quelques aller-retour. Une âme de petite fille avec le pantalon baissé me suivit dans le magasin de multimédia, me demandant ce qu’il se passait et pourquoi personne ne la voyait. Plusieurs semaine qu’elle avait disparu, que son image était relayée dans les journaux, et qu’elle était activement recherchée. Je l’ignorai. Sortis du magasin, ou elle ne put me suivre. Regarda mon portable.

Aucune réponse.

Une heure déjà que j’avais quitté les deux autres. Que je tournais dans le centre-ville. Il était 15h30 et je n’avais mangé qu’une moitié de kebab immoralement vomitif. J’aurai pu rentrer chez moi, mais je n’avais nullement envie de travailler. Toujours pas de réponse sur mon portable… Tant pis. Je ne voulais voir personne de toute façon.

Ne me restais plus que moi et mon ennui sans but pour le restant de la journée.

3.

18h00. Une bande de jeunes chaussés de rollers s’amusaient à slalomer entre des pots de yaourt. Un couple se reposait au pied d’un arbre. Plus loin, entre l’herbe et l’eau, les gens passaient et repassaient sur la berge bétonnée de la Garonne. Et, posé sur la végétation parfaitement entretenu, j’écoutais le son du vent venant titiller les feuilles de platanes. Il n’y avait pas de meilleurs endroits sur Bordeaux, un coin de nature juste en face de l’esplanade des quinconces ; une petite scène de pierre calcaire, caillouteuse, ou s’élevait, grande et majestueuse, une fontaine en forme de chevaux de bronze.

La ville dans ses états les plus majestueux. La plus grande place d’Europe. Au côté du fleuve le plus boueux du monde. Et entre deux, la vie dans ses multiples état.

La Garonne était haute, depuis les pluies d’il y a deux jours. Mais, aujourd’hui, pas un nuage. Toutefois, pour moi, des dizaines d’esprit se dirigeaient vers l’atmosphère à chaque secondes, telle une permanente nuit des étoiles filantes ; ceci étant, bien sûr, purement subjectif. Je n’y prêtais de toute façon pas vraiment attention tant la mort me paraissait belle sous cet angle-là. J’avais déjà oublié la liche, à vrai dire. Comme j’avais oublié Alizée, Edmund, tout le reste. Je profitais juste de l’instant, sachant pertinemment que si je vivais, ce n’étais pour nulle autre raison. Vivre pour respirer, exister, sentir. Vivre pour rien, mais vivre quand même, car non doté de la capacité de changer les choses. Seulement admirer le destin de l’Homme. Heureux.

Je fermais les yeux. Juste quelques secondes. Le temps d’un soupir, d’un geste, sans même que je m’en rende compte. Comme une simple pause. Un souffle. Chaud. Frais. La lueur blanchâtre. Le froid. La nuit.

Je me redressai. Quand m’étais-je endormis, exactement ? Sans doute dans un moment d’inattention, ou mon esprit s’était laissé emporter à ne plus se retourner dans des fanges de questions sans intérêt. Le quai était désert. La place des Quinconces éclairée par les lampadaires aux couleurs de bougies. Mais il y avait un problème. Quelque chose qui n’aurait pas dû s’y trouver. Un homme. Seul, assis sur la barrière de bois séparant l’eau du quai, jouant de la flute. Un air improvisé, sans doute, car irrégulier et simple. Il ressemblait à un sdf : la barbe hirsute et sale, les vêtements loqueteux, la peau usée par les années à combattre pour sa survie. Transparent.

Un fantôme.

C’est à ce moment-là. A ce moment-là que cette journée, qui aurait du être comme les autres, bascula dans de purs méandres d’incompréhension et de folie. A ce moment-là que tout changea. Rétrospectivement, c’est sans aucun doute à cet instant précis que j’ai fait quelques choses que je n’aurai jamais dû faire et que je n’ai jamais réussi à expliquer, malgré tous mes efforts pour comprendre mon geste. Ça ne me ressemblait pas. Ça n’avait ni finalité, ni sens. Je n’avais pas pensé à Alizée, à ma famille, à une éventuelle soirée que j’aurai pu oublier… Je n’avais tout simplement pas réfléchi. Pas mêmes cinq petites secondes.

Non, décidemment, cherché délibérément à discuter avec un fantôme aussi étrange… Je n’étais pas tout à fait moi-même à ce moment-là.
Peut-être avais-je toujours eu envie de le faire ? Peut –être étais-ce une pulsion induite par la destinée ? La raison pour laquelle j’avançais depuis tant d’année ? Pouvoir parler, librement, sans contrainte de temps, sans être pris pour un fou, à un mort. Je n’avais ni liste de question, ni minuteur. Je ne l’interviewai pas pour une éventuelle encyclopédie fantomatique. J’étais libre. Pleinement libre. Car je n’avais pas la volonté de dire ou de faire quoi que ce soit de particulier. Peut-être…

Toujours est-il que je m’avançai vers lui avec conviction. Je frissonnais : être en tee-shirt une nuit de novembre n’étais clairement pas l’idée du siècle. M’adossant à la balustrade, je le regardai longuement. Son nez était aquilin, son menton avait une fossette, ses joues étaient creuse et son front était bombé, sa flute était traversière. Un détail me frappa : une coulée de sang sur son côté droit. Dans un premier temps, il ne sembla pas me remarquer ; sans doute habitué aux mortels venant s’installer à côté de lui sans le remarquer. C’était à moi de lui faire signe que je le voyais et l’entendait.

« Jolie flûte. »

Il s’arrêta de jouer brusquement. Tourna la tête. Me détailla. Sourit. Il lui manquait des dents. Je lui rendis un rictus nerveux.

« Merci, p’tit gars. Toi aussi tu nous vois alors ? »

Je mis du temps à comprendre ce qu’il voulait dire.

« Aussi ?

-Parce que tu croyais être seul ? T’es bien naïf. »

Il rit à gorge déployé. Je n’étais pas venu pour ça, et j’avais encore du mal à assimiler ; mais pour la première fois, j’avais un espoir. L’espoir de ne plus être fou. Ou seul. D’avoir une réponse à ce qui m’avait hanté toute ma vie.

« On est combien ?

-A Bordeaux, en te comptant, j’en connais trois. Tu as seize ans, non ?

-Et alors ?

-Et alors, tu es bien né le 21 décembre ? »

Je gardai le silence. Le savoir de ce pauvre clochard me rendait méfiant. Il rit encore.

« C’est bien ce qui me semblait. Vous êtes nés le même jour, tous les trois. Trois petits de seize ans pouvant voir la mort en face. Et sans répit. »

Je tentais de digérer la nouvelle. Sans succès. Je n’arrivais pas à me dire que je n’étais plus seul. L’espoir s’était transformé en incrédulité.

« Et… Qu’est-ce qui me prouve que vous dites la vérité et pas une de vos élucubrations de vieillard sénile ?

-Parce que l’un d’entre nous est derrière toi, mon gars. »

Cette voix. Derrière moi. Une voix d’homme. De jeune homme. Je me retournai, surpris…

4.

Jean-Luc « Indigo » Martins était un jeune homme qui, malgré ses dehors égocentriques, était aisé à aborder. Nous discutions depuis maintenant une bonne demi-heure, assis par terre, peu éloigné du fantôme qui avait repris son air de flûte.

Relativement petit (je lui donnais un mètre soixante-dix, pas plus), il compensait par sa musculature parfaitement agencée, conçue par la force pure plus que pour un éventuel désir de séduction primal. Sa peau était d’une couleur parcheminée, comme la porcelaine ; sa mâchoire et son menton, anguleux, comme posé sur son corps gracieusement taillé, renforçait cet aspect presque artificiel. Son nez était assez long et épais, mais droit ; son front, plat ; ses joues, rondes, lui donnant un aspect poupin. En fait, la seule chose qui conférais une humanité à son visage de cire, c’étais ses yeux d’un bleu extrêmement clair, cernés de petites lunettes rondes, ou se reflétait, à la lueur de la lune, des tranches orangées traduisant une forme étoilée caractéristique et formant comme une rosas. Mais, ce qui lui valait son surnom, « Indigo » (autoproclamé, pour ce que j’en savais) étaient ses cheveux mi- longs, improbablement teins en un violet sombre légèrement dorée.

« Je ne savais pas que ce genre de teinture existait.

-C’est parce que je suis blond vénitien de base, en fait, tu vois ? La teinture violette, ça me fais… Bah ça. C’est complètement stylé, hein, mon gars? »

Il avait de nombreux tics : remonter sa manche, se frotter l’œil, ponctuer ses phrases de nombreuses expressions comme « tu vois » ou « mon gars », afficher un rictus confiant permanent, cligner des yeux, se balancer d’avant en arrière au repos, agiter son index et son majeur droite, redresser son énorme casque audio rouge vif collé à sa tête et lui servant de serre tète, se lécher la lèvre supérieure, faire rouler son skateboard sous son pied gauche, tirer sur sa cigarette très exactement toute les vingt secondes et faire dix ronds de fumées très précisément, entre autres. Pourtant, il avait l’air relativement calme, voir même endormis. Son style vestimentaire était celui d’un skateur lambda : outre son casque, son jean étais déchiré, ses converses rouges vives, son sweet-shirt carmin et délavé ouvert sur un manche longue noir simple.

A première vue, rien ne me reliait à cet Indigo. Toutefois, je le savais sans que nous ayons besoin de le dire : j’étais, quelque part, soudé à lui, à partir de cet instant où il m’avait surpris et ou je m’étais retourné, à partir du moment où il m’avait tendu la main, dis son nom. Et où je l’avais serré, fébrile. Au fin fond de mes tripes, j’en avais conscience : il était comme moi. Relié à une force qui nous dépassait.

« Et donc, si j’ai bien suivis, t’es comme moi, tu vois les machab’, mon gars ?

-Oui. C’est ça. »

Il se roulait une énième barre de tabac. Je n’avais jamais vu quelqu’un fumer autant en une demi-heure.

« Bah, tu vois, suis con. Tu parlais au vieux Fernand.

-Fernand ?

-Le vieux qui joue du pipeau. »

Il le désigna de la tête.

« Celui-là… Il n’a jamais voulu partir, mon gars. Mais heureusement. C’est lui qui nous a trouvé, qui nous a réunis. Sans lui, j’me serais déjà tué.

-Tué ?

-En fait, toi, tu fais que répéter ce qu’on te dit, c’est ça ? »

De toute évidence, vu son ton brusquement tendu, il cherchait à éviter le sujet.

« En fait, reprit il sans faire attention à ma réaction, radoucit, il est mort le jour de notre naissance, tu vois, et quelques part, il se sent responsable de nous. Il aurait pu… Partir depuis longtemps, tu vois. On a tout fait pour : retrouver sa fille, lui permettre de la voir, retrouver sa flûte, on l’a convaincu qu’il n’avait pas vécu pour rien, tout ça. Et puis, quand il a vu la lumière, enfin… Il n’a pas voulu la rejoindre, tu vois.

-Pourquoi ? »

Il laissa un silence de quelques secondes, regardant le vieil homme jouer de son instrument. Heureux et imperturbable.

« Il avait peur, mon gars. Peur de ce qu’il y avait après. Peur de, tu vois, la souffrance éternelle, l’enfer, le grand voyage, ce genre de truc. Il a dit qu’il avait été un grand salopard dans sa vie… Et qu’il préférait pouvoir jouer de la flûte au bord de l’eau pour l’éternité que d’avoir à se taper un voyage totalement hasardeux. Parce que tu vois, mon gars… Pour lui c’est ça, le paradis. »

Un silence gêné s’installa, durant lequel les sons de la flute de Fernand nous parvenaient, comme le souffle magique, la respiration douce et placide de cette nuit de pleine lune…

Mon cerveau fit comme un tilt.

Je sortis mon portable, paniqué. Indigo me regardait du coin de l’œil tandis que je tentais d’appeler, vainement, Alizée sur son portable. Une fois. Deux fois. Cinq fois. Alizée me répondais, toujours. Non… Elle n’avait pas pu oublier, pas elle. Elle n’aurait pas pu s’imaginer une seule seconde ne pas prendre son médicament avant la nuit. Elle n’aurait pas pu consciemment ne pas le prendre. Elle l’avait pris. Ou perdue. Ou confondu avec une autre boite de doliprane. Ou peut-être était-elle en pleine partie de jambe en l’air avec Edmund et… Non. Même là, elle m’aurait répondu. Ou bien elle dormait. Non. Un Samedi soir, à trois heure de matin, Alizée ne dormait pas. Ou bien elle était en soirée, et son portable avait été volé. Non. Elle aurait trouvé un moyen de me prévenir, c’était déjà arrivée, une fois, mais bordel pourquoi ne décrochait elle pas ? Ce n’était pas logique sauf si…

« Oh, j’te parle ! C’est quoi le problème, mon gars ? »

Mes pensées s’étaient entremêlées à mes paroles sans que je ne m’en rende compte. J’étais dans un état de panique, tétanisé, suant. Je n’avais pas fait attention à Indigo, qui me tenait par les épaules. Nous étions debout. J’avais mon portable à l’oreille. Je respirais fort.

« Calme-toi, mon gars. C’est bon. Si tu paniques, tu feras que dalle de concret, tu vois ? Explique. »

Je lui obéis, sans réfléchir. Je ne savais pourquoi, je plaçais une confiance absolue et sans fondement en Indigo, qu’il semblait me rendre de par son empathie : sa peur se lisait dans ses yeux. Un loup garou était peut-être en liberté dans Bordeaux. Il fallait réagir, et vite, avant qu’il ne lui prenne l’idée de tuer quelqu’un pour se repaitre de sa chair…

Il réfléchit, du mieux qu’il put. Et enfin, il me répondit.

« Mon gars… Elle habite ou, ton Alizée ? »

5.
La rue Pelleport était située pile entre les lumières et l’agitation du centre-ville et le calme et l’esprit enclavé des quartiers pavillonnaires. Il était quatre heures du matin et le silence régnait dans la ville. D’ailleurs, pour un Samedi soir de novembre, je la trouvais beaucoup trop calme. Peu de gens. Il faut dire qu’Indigo préférait passer par les petites rues : des raccourcis bien utiles. Il semblait connaitre le centre-ville par cœur, et il allait assez vite sur son skate. Moi ? Je traînais derrière, essoufflé.

Quand j’arrivais devant la porte d’Alizée, lui étais déjà en train d’analyser la situation, calmement. Tout paraissait normal. Les fenêtres étaient fermées, les portes peu disposées à s’ouvrir.

« Ça me semble pas contenir de méchants poilus, cette baraque. T’es sur que c’est le bon… »

Il s’arrêta de parler sur un signe de ma main. Ce n’était pas normal. C’était peut être anodin, ou stupide ; mais les rideaux de sa fenêtres, à l’étage, n’étaient pas tirés. C’était un défaut, chez Alizée : son côté maniaque, réglé comme une horloge. Et puis… Pas un bruit. Ce n’était pas logique : même dans son sommeil, elle parlait. Un de ses ex l’avait quitté pour se somnambulisme, mais elle n’y pouvait rien : sa maladie, puisqu’il s’agissait bien d’une maladie, l’obligeait à une activité quelconque permanente, sans quoi sa santé se détériorait très rapidement.
Je collais mon oreille contre la porte. Pourvu que je l’entende. Pourvu qu’elle parle avec son copain sans problème… Une voix, rendue suraiguë par la peur, que je connaissais ; pas la bonne toutefois. Une suite de vulgarité murmurée extrêmement doucement. Et ce fort accent toujours présent. Je tapais violemment sur la porte.

« Edmund ! Ouvre, c’est Benoit ! »

Je l’entendis sursauter. Puis avancer lentement sur le carrelage du couloir. Ouvrir la porte. Je vis son regard dans l’entrebâillement.
Et il ouvrit. Brusquement. Ouvrit ses bras en grand.

« Indigo ! Ben’ ! J’ai v’aiment eu peu’ là ! 

-Ed’, c’est toi !  »

Indigo lui tapa dans la main sans faire attention à mon œillade interrogatrice, puis commença à prendre des nouvelles : la famille, les amis, les traits d’humour échangés dans un esprit de camaraderie virile, faite de bourrades et de surnoms amicaux et excessivement insultants à la fois. Contre toute vraisemblance, ils se connaissaient. Je ne me demandais même pas d’où : je ne serais pas surpris si l’un ou l’autres était le meilleur ami de ma grande sœur ou de mon professeur de mathématique. Et puis, j’avais d’autres préoccupations plus urgentes.

« Edmund, ou est Alizée ? »

Ils s’arrêtèrent brusquement de parler. Indigo repris son sérieux ; ou ce qui ressemblait le plus à du sérieux, soit un mélange étrange entre rictus moqueur et regard inquisiteur. Edmund, lui, affichait une pure moue effrayé là ou, quelques millièmes de secondes avant, se tenait un sourire absolument radieux.

« Bah… J’ai pas bien comp’is. Elle est pa’ti dans la salle de bain pou’ se mett’e en nuisette sexy, appa’emment, et puis à la place ya un loup blond su’ deux pates qui a déba’qué avec ses yeux jaunes, ses dents et ses g’iffes et qui a voulu me manger. Elle avait dispa’u. Je suis désolé. Je c’ois que le loup il l’a mangé. »

Il conclut sa phrase par une petite larme, croisa ses mains, et regarda le sol comme pour faire une minute de silence. Indigo lui tapota la tête, réconfortant.

Cette fois, deux choses étaient sûres : non seulement Edmund étais un abruti fini, mais en plus, Alizée s’était bel et bien transformée. Je trépignais. Elle pouvait être n’importe où. Faire n’importe quoi. A n’importe qui. De plus, ses parents ne pouvaient pas lui injecter la solution de secours au cas où cela arriverait. Ils étaient absents pour le week-end, partis au mariage d’un de leurs vieux amis à cause d’un concours de circonstance handicapant ; ou une facilité de scénario, peut-être, tant j’avais l’impression d’être un personnage d’une quelconque fiction totalement invraisemblable. Il fallait donc : petit un, la retrouver. Petit deux : lui injecter le médicament. Faire tout ça avec pour seule équipe un looser, un skateur excentrique et un débile profond sachant qu’Alizée avait déjà mis en déroute un camion de CRS à elle seule…

« Au fait, mon gars… »

Indigo me coupa dans mes cents pas, Edmund dans son silence. Il s’alluma une cigarette, soudain étrangement souriant.

« S’pa pour dire, mais… Comment t’as fait pour survivre à cette chose ? Tu n’es même pas blessé, tu vois ? C’est un peu bizarre, je trouve, vu la taille du machin.

-Ah ça, c’est simple : Je l’ai boxé, attaché avec des soutiens go’ges d’Alizée, et il est dans la cave maintenant. »

Son grand sourire sincère, ingénu et sans arrière-pensée, comme si il était totalement normal de frapper sa petite amie transformée en loup bipède de deux mètres cinquante et de l’attacher avec des bretelles de sous vêtement, fit éclater de rire Indigo, qui dû se tenir contre le mur pour ne pas se retrouver face contre terre. Personnellement, j’étais médusé. Non seulement ce type avais une force comparable à celle d’un loup garou, mais il avait aussi un quotient intellectuel qui pouvait aisément rivaliser avec celui d’une huitre chaude. Voir peut-être même, s’il se donnait à fond, avec un bigorneau.

« Mon gars, repris Indigo en riant toujours aussi fort, s’étouffant presque ; Mon gars, toi, t’es dans le livre des record, sérieusement, j’ai jamais vu, putain, jamais… Putain, mais un loup garou… Avec des soutifs…  »

Il ne put finir sa phrase, écroulé de spasmes jubilatoires. Pour ma part, je tentais de garder mon calme. Mais, toute réflexion faite, une fois qu’il aurait compris qu’Alizée n’étais autres que la bestiole géante qu’il venait de frapper sans se poser de questions, il serait peut-être un amant appréciable pour la blonde que je connaissais. Du moins pourrait-il tenir son rythme infernal en journée. Je me détendis, rassuré et le sourire aux lèvres.

Une inconnue persistait toutefois. Comment Alizée avait-elle pu oublier de prendre son médicament ? Elle aurait pu se tromper, et confondre sa fausse boite de doliprane avec une vraie, mais c’était peu probable si elle l’avait pris chez elle. Je demandai donc à Edmund de me conduire jusqu’au « monstre dans la cave » : peut-être serait-elle disposée à me répondre, une fois son médicament de secours injectée.

Il obéit sans poser de questions, vraisemblablement content qu’on lui demande quelques choses.

La maison d’Alizée était sensiblement grande pour une maison de quartier pavillonnaire ; pour être exact, c’était un vrai palace. Au rez de chaussée, elle ressemblait à une seule grande pièce, avec une simple cloison pour séparer cuisine et salle à vivre (ce que je désignais ainsi par le mélange salle à manger-salon). Le plafond étais haut, en forme de voute ; les carreaux étaient petits, noirs et blancs, et si bien lustrés par une femme de ménage qu’on pouvait presque se voir dedans. La table étais ronde en en verre, pouvant aisément accueillir une douzaine de personne. Le reste n’était que confort : canapé prenant tout un mur, baie vitrée gigantesque, grand écran, et même une cheminée (éteinte) préférable au chauffage central. A notre gauche, se tenait un escalier en marbre ancien, et sous l’escalier, la porte de la cave.

Je l’ouvrais, soudain inquiet pour Alizée. J’espérais qu’Edmund n’avait pas frappé trop fort ; c’était stupide de se demander ça alors que je connaissais la force d’un camion de CRS, mais si Edmund l’avait prise à lui tout seul et sans égratignures... Je descendis donc les escaliers en bois quatre à quatre, entendant à peine la remarque d’Indigo, comme quoi il avait reçus des appels en absence.

J’arrivais en bas des escaliers. La cave elle-même étais grande, composée de deux pièces et tapissée de vieux plancher poussiéreux. Mais ce n’étais pas cela que j’admirais, ici.

Un loup garou, attaché avec des dizaines de sous-vêtements taille 90C entremêlés, me regardait avec ces yeux jaunes, ronds, ouverts de colères. Ses oreilles et sa queue s’agitaient frénétiquement. Il grognait. Sa truffe me sentait. Ses longues pattes arrières, attachés, frottaient le sol. Ses cheveux blonds lui tombaient sur les yeux, et ses muscles saillants étaient tendus. Ses griffes n’étaient toutefois pas détractés : il était en colère, mais ce n’étais pas à moi qu’il en voulait : je ne risquais rien. Un loup garou était particulièrement rancunier et, quand il avait une cible en tête, il ne la lâchait pas.

Toutefois, quelque chose me troublait.

Il avait un corps d’homme.

« Bon dieu mais qui tu es, toi ? »

Il ne réagit pas à ma question, que je savais de toute façon rhétorique avec un interlocuteur pareil. Ce n’étais, de toute évidence, pas Alizée ; à tout bien y réfléchir, d’ailleurs, il était trois fois plus petit qu’elle sous cette forme. Et plus fin. Edmund avait un peu moins de mérite que je ne l’aurait cru… Et surtout, toutes les données dans ma tête furent modifiées. Je me rendais compte que, au-delà d’Alizée, je ne connaissais pas d’autre loup-garou. Je ne savais pas de quoi il était capable, et s’il était si rancunier que ça.

Je reculais, lentement, puis remontais en courant dans la salle centrale. Y découvrit Indigo, seul, parlant à son téléphone portable.

« Bon ma sœur, tu nous rejoins alors? … Ouais, t’inquiète. Il est pas méchant, j’lui ai parlé, il est cool, tu vois… Ouais, Trente-six rue Pelleport… Bises, à plus, ma sœur. »

Il raccrocha.

« Sylvie va nous rejoindre dans un cinq minutes maxi. Elle habite près d’ici.

-Sylvie ?

-La troisième de… Tu vois ? »

J’acquiesçais machinalement. Je voyais, mais cette histoire ne me préoccupait pas temps que ça pour le moment. J’enchainais sans transition, paniqué et me tenant à la porte de la cave.

« C’est pas Alizée. »

Il me regarda, cinq, dix seconde, sans réagir.

« Co… Comment ça, c’est pas…

-Le truc qu’Edmund à battu. C’est un loup garou masculin qui ne fait pas du tout la taille habituelle. Ce n’est pas Alizée. C’est un loup garou, mais pas Alizée. Il ne lui ressemble pas. »

Je répétais fermement, mais lentement, pour articuler : jamais mon cœur n’avait battu si vite. Le rictus d’Indigo s’allongea. Se transforma en un petit rire nerveux. Il se passa une main sur son visage artificiel. Remonta ses petites lunettes.

« Ok… Mais dans ce cas là… Elle est ou, ta blonde, mon gars ? »

Il appuya sur le « ou » avec une insistance assez inédite pour moi. Sans doutes commençait il a sérieusement s’inquiéter de la tournure de cette histoire ; ou peut-être que la fatigue commençait enfin à l’atteindre. Pour ma part, j’étais épuisé, mais trop tendu pour songer cinq secondes à m’endormir. Réfléchir. Edmund avait dit qu’elle était normale, jusqu’à ce qu’elle aille se changer. L’autre était revenu après…

La salle de bain.

Je montai quatre à quatre les marches du grand escalier de marbre. Débouchai sur un couloir au plancher ciré. Tournai à gauche. Fracassai presque la porte de la salle de bain.

Dans un coin, tremblante, se repliait une jeune fille magnifique habillée d’une robe de nuit courte, aux cheveux blonds et au regard automnal embué de larmes, l’expression apeurée, deux boites de dolipranes à la main. Elle semblait ne pas me voir, regardant la baignoire, comme vide.
Avant que je ne puisse faire le moindre mouvement réconfortant, elle me posa une question, immobile.

« Alors c’est à ça que je ressemble ? »

Je ne compris pas sa question.

« Quand je suis… Transformée. C’est à ça que je ressemble.

-Non ! »

Elle sursauta.

« Tu es… Au moins trois fois plus grande. Et on te reconnaît. Enfin… Tu n’es pas tout à fait un Loup. Tu es plus comme une humaine, mais en trois fois plus grandes, si tu veux… »

Je me demandais comment elle avait pu voir l’autre loup garou, enfermée dans sa salle de bain. Mais je lui poserai cette question plus tard. Quand elle irait mieux. Je lui souris. M’accroupis. Même si elle était extrêmement émotive, et qu’elle pleurait donc pour un rien, je détestais voir des larmes dans ses yeux.

« Tu peux descendre. Edmund l’a… Expédié. En fait, il l’a carrément attaché et mis dans la cave.

-C’est pas vraiment ça, le problème. Il peut bien être attaché, je m’en fou. »

Elle tourna, enfin, les yeux vers moi. Sa voix était faible, comme endormie.

« C’est comme si… Il m’appelait. Comme s’il voulait que je me transforme. Mais, c’est plus une impression qu’autres choses. Une émotion à part. »

Elle ouvrit l’une des boites de doliprane. Vide.

« J’ai dû prendre toute une boite de cachet pour m’empêcher de me transformer. Et pourtant, je ne l’ai pas oublié, aujourd’hui. »

Le silence s’installa, quelques secondes, nous permettant de nous rassurer mutuellement, comme si le monde autour de nous était oublié.
Quelques secondes, le temps que je tente de comprendre ce qu’elle ressentait, que je compatisse, et qu’elle comprenne mon empathie. La peur. Le doute. La découverte. La remise en question de ce pilier, ce médicament et ses certitudes quant à sa malédiction. Ma volonté de l’aider. Mon amitié. Et le tout, en quelques secondes. Un regard. Une main effleurée.

C’est dans ses moments-là, ou rien ne se passait, que je me sentais le plus proche d’elle.

La sonnerie de la porte retentis dans toute la maison. Mais je n’étais pas spécialement pressé de découvrir le visage de Sylvie. Je me relevai lentement, presque blessé de devoir laisser seule une Alizée qui, même si elle souriait, ne semblait pas allait beaucoup mieux ; mais je savais que la seule chose que je pouvais faire pour l’aider, je ne la ferais pas en restant ici. J’entendais, au loin, la voix d’Indigo résonner de « Hey ma sœur! » et de « Ouaip, il est en haut. On a eu quelques soucis, tu vois ? ». Je fouillai une étagère. Pris ce que je cherchais : une petite seringue remplie d’une sorte de liquide vert mente. Ouvrit la porte.

Un dernier regard derrière moi. Un sourire d’Alizée. Le léger grincement d’une jeune fille laissée à sa solitude ; je me le promis, peu de temps encore.

Je fis claquer mes chaussures sur l’escalier de marbre. Indigo, lui, le montait. Et plutôt bien accompagné…

6.
Si Sylvie Berea-Mallet n’étais peut-être pas la fille la plus jolie et la plus désirable de l’univers, elle n’en restait pas moins plutôt agréable à regarder.

La première chose qui me frappa, ce fut son contraste assez incroyable avec Indigo, même si leurs tailles étaient à peu près la même. Si lui ne regardait jamais les gens en face, elle les dévisageait de ses yeux gris reflétant une sorte de vert sombre : comme une sorte de halo doux, un voile essayant de couvrir comme il le pouvait l’intensité et la curiosité de son regard. Ses globes oculaires, d’ailleurs, ne semblaient jamais bouger : son cou faisait tout le travail, et ses pupilles restaient étrangement rectilignes. A son regard assez troublant s’ajoutaient une chevelure descendant à peine jusqu’au lobe des oreilles, tenus en arrière par un serre tète d’un noir simple contrastant à peine avec le brun foncé de ses anglaises mal peignées. Elle n’était pas maquillé, ou très peu : elle ne cherchait apparemment absolument pas à se démarquer par son physique ou son style vestimentaire contrairement à la majorité des filles de son âge, ou des hommes de son âge d’ailleurs. Son débardeur estampillé Pink Floyd laissait d’ailleurs entrevoir une très légère touffe de poils sous ses aisselles, et Indigo, avant qu’ils ne me voient, la narguait à propos de ça, ce à quoi elle répondit par un simple « Je comptais le faire ce matin, tu m’as réveillé. » : direct, franc, sans détours ou tics de langages.

« C’est pas vrai, sista, c’est toi qui m’as appelé ! T’es témoins, Benoit, dit-il à l’instant où il me remarqua ; elle est de mauvaise fois !

-Je savais qu’il se passait quelques chose de ton coté, je l’ai senti. J’ai rappliqué. Tu m’as réveillé ; sans t’en rendre compte, mais tu m’as réveillé quand même.

-Nan mais tu vois, c’est trois fois rien, on a juste un nouveau Ghostbuster et un Loup Garou dans la cave de la copine d’Edmund, pas besoin d’oublier de te raser pour ça, ma sœur.

-Arrête de nous appeler comme ça. Pour la énième fois, on ne chasse pas les fantômes…

-…On les aides. Tu me l’as répété à peine treize mille fois, et encore, j’shui large.»

Elle s’arrêta devant moi, semblant totalement ignorer le sarcasme d’Indigo. Outre ce défaut pileux aisément corrigible, son corps était relativement attirant, et sa tenue légère ne faisait que renforcer cette impression. Assez maigre, voire un peu trop par endroit, ses courbes ne se démarquaient absolument pas par leurs taille mais pas leurs formes, et allaient bien avec l’harmonie de son visage : son nez un peu petit, sa fine mâchoire et son menton légèrement arrondi renforçait l’intensité de son regard occupant aisément plus de 30% de son faciès. Détail qui me fit momentanément sourire : des chaussures Nike Air, Blanche, rouge et noire fluorescente, virant totalement avec son jean sombre soulignant ses petites jambes maigrichonnes.

«Le loup garou… C’est pour ça qu’il tient un Rivernax dans sa main, et qu’un sourire d’andouille s’est fixé sur ses lèvres ? »

Je cru mal comprendre. Sursauta légèrement. Mais, au rire pour le moins explosif d’Indigo, je jugeais mes oreilles parfaitement fonctionnelles. Et puis, la voix de Sylvie était douce et posée, mais au volume parfaitement contrôlé : le genre de voix qui servait clairement à être écoutée et qui, même pour un sourd, permettait de lire sur ses lèvres.

« Non, le sourire n’a rien à voir. Ton regard était dirigé vers le bas. Deux cibles possibles en prenant principalement en compte ma préparation bâclée : mes chaussures ou mon décolleté. Je ne me suis pas sentie gênée outre mesure, et si tu es vraiment un enfant de l’équinoxe, je le serais. Donc ce sera sans doute les chaussures. »

Elle me regarda dans les yeux, comme pour demander confirmation. Je ne sus que répondre. Elle aurait pu paraitre arrogante, mais… Quelque part je savais qu’elle n’avait jamais cherché à montrer une quelconque forme de supériorité. Elle semblait juste… Remarquer des détails, par réflexe, et son maintien de reine faisait tout le travail. Et, devant sa prestance, malgré son apparence délurée, je ne pus m’empêcher de détourner le regard.

Encore une fois, j’avais la même impression de lien instantanée. De la comprendre. Non… Cette fois, d’avantage de me comprendre à travers elle.

Sylvie tenta timidement de me sourire, remarquant apparemment ma gêne sans même que je ne sentis le rouge me monter aux joues. Sa main droite effleura mon visage. Je n’étais pas quelqu’un de très tactile : aussi je failli me reculer. Mais, étrangement, je n’en fis rien.

« On a quelques choses à faire. On fera connaissance plus tard, d’accord?

-Tu dis ça, ma sœur, alors que c’est quand même toi qui te ramène avec ton décolleté plongeant et tes poils disgracieux, tu vois ? Yah de quoi se sentir mal, quand même.

-Personne ne t’a demandé de parler, Indigo. »

Son ton était froid, mais la courbe de ses lèvres et la lueur de malice dans son regard la trahissait. Ou bien ce fut mon imagination qui fit tous le travail, et elle jouait vraiment la comédie pour le commun des mortels. Je n’avais aucun moyen de le savoir.

« Et j’ai jamais demandé l’autorisation à personne, ma sœur. T’imagine, sérieux ? « Je peux parler, steuplait ? » à chaque fois que je dois sortir de la merde ? »

Malgré elle, elle esquissa un sourire légèrement plus large de quelques centièmes de millimètres, et descendit les escaliers avec ce même maintient si particulier. Indigo passa son regard d’elle à moi, riant toujours à moitié.

« T’as vu ? Troublante, hein ? J’ai ressentis la même chose, mon gars, la première fois que je l’ai vu. On s’y habitue, t’inquiètes. Elle sait être marrante, des fois, tu vois ?

-Je me demande lequel de vous deux est le plus étrange, à vrai dire.

-Ca dépend ce que t’appelles par étrange. Mais je pense la battre sur vachement de critère, mon gars. Enfin, j’pense qu’on à d’autres affaires à régler, tu vois ? »

Il dit cela en s’allumant une autre cigarette, sans penser une seule seconde que nous nous trouvions dans la maison d’une fille qu’il n’avait jamais vu, et descendit. Je le suivi, reprenant mes esprit. Je n’avais pas fait attention sur le moment mais… Comment connaissait-elle le nom du médicament que je tenais dans ma main ? Avait-elle un rapport avec la lycanthropie, de près ou de loin ? Et puis, surtout…

Ou étais passé Edmund ?

En descendant les escaliers, je répondis à cette dernière question assez rapidement, presque comme si mon oreille avait entendu la question posée par mon esprit. Une voix, provenant du salon, énonçait clairement et de la manière la plus neutre possible qu’une espèce de mouche, vivant majoritairement au canada, était carnivore et se nourrissait de chair encore vivante, de préférence de lambeaux de peaux arrachées sur leurs proies encore gorgées de vies. L’afro-américain, enroulé dans des couvertures sur le canapé, avait les yeux rivés sur un documentaire animalier, et semblait complètement épuisé. Beaucoup d’émotions. J’arrivais aisément à le comprendre, et fut tenté de m’installer à côté de lui. Mais pas tout de suite. Seulement après avoir aidé Alizée à se débarrasser du loup garou dans sa cave, de préférence.

J’ouvris la porte, sous l’escalier de marbre. Descendit les marches. Les deux autres discutaient (de chocolat, je pense, mais aucun moyen d’en être sur), accoudés aux murs tandis que la bête s’était calmée. Le loup semblait regarder Edmund, à travers le sol, ou le plafond, c’était relatif. La scène avait, de mon point de vue, quelques choses de comique. Je ne pus réprimer un sourire en coin ; mais ce fut douloureux, la fatigue touchant jusque dans mes zygomatiques.

« T’es quand même un peu lent, mon gars, charria Indigo. J’aurais eu le temps de le piquer trente-cinq fois le temps que tu mattes Ed’ sur le canapé.

-Fais attention à toi, le coupa Sylvie. Une fois piqué, un Loup Garou peut s’agiter assez dangereusement. Il est attaché et complètement épuisé à force de se débattre, mais si tu n’y prends pas garde, ce male beta risque de te crever un œil. »

Je m’approchais de lui, acquiesçant simplement. Tira le Rivernax de ma poche. Lentement. « Faire attention », pour moi, signifiait « Ne pas lui laisser le temps de comprendre quoi que ce soit ». Je m’approchai, à pas de loup ; c’est-à-dire en ahanant bruyamment sur le rythme et le ton de celui qui se trouvait attaché devant moi et rivait son attention sur son adversaire assis sur le canapé au-dessus de lui à regarder un documentaire sur les mouches. M’arrêtai une seconde, pour regarder les deux autres. Je cherchais un réconfort. Un pilier. Mieux : un moteur pour me pousser à attaquer un homme animal sans doutes cinq fois plus fort que moi. Je le trouvais.

Indigo leva sa main, plia ses doigts en trois.

En deux.

En un.

Je sautais sur le Loup quand il cria un résonnant « Maintenant, mon gars ! » en donnant un coup de poing dans le vide. Le loup garou sembla enfin me remarquer. Trop tard. La seringue était déjà plantée dans son cou. Son regard se mû d’incompréhension.

Il me donna une énorme claque ; heureusement, les griffes commençaient déjà à disparaitre au bout de ses doigts. J’allais m’encastrer dans le mur, mais atterris de justesse dans les bras de Sylvie, qui s’était placé entre moi et un pilier de la cave. Indigo jubilait, applaudissant notre superbe combinaison digne d’un film hollywoodien. Je n’en revenais toujours pas. Même si j’allais avoir un énorme bleu sur la joue, j’avais réussi, tel un ninja, à lui planter la curative sans que la bête ne le remarque. Celle-ci se convulsait, criait à réveiller les morts ; littéralement.
Une liche, femme nue avec un trou de la taille d’une balle de ping pong dans la tempe, fut attirée par le bruit, et apparut derrière le mur, regardant la scène avec délectation ; c’est-à-dire avec des yeux en forme de soucoupe et la bouche entrouverte.

« Ce n’est pas la boulangère de la rue Billaudel, ça ? Dis Indigo, tout à coup totalement indifférent du Loup Garou fumant sous les convulsions.

-Si, rétorqua Sylvie, apparemment aussi blasée que son compère. Elle a été retrouvée hier. Une histoire de suicide, enfin, apparemment.

-S’aurait été trop simple, ma sœur.

-Ça ne l’est jamais. Ça ne le sera jamais.»

A l’unisson, ils sourirent, et je souris avec eux. Enfant, un petit pain en forme d’animal accompagnait la monnaie qu’elle me rendait, et j’allais volontiers chercher le pain rien que pour voir son sourire et entendre son « merci, au revoir » réjouis. Elle avait un fils de six ans et un mari serviable et souriant ; aussi avais-je été surpris d’apprendre son suicide. Qu’elle fût morte pour une tout autre raison me soulagea pour elle : au moins n’avait-elle pas souffert avant de plonger dans les affres du trépas. Néanmoins, si elle était devenue une liche, c’était que quelqu’un d’autre l’avait tué. Et que le responsable courait toujours.

« Tu comprends ce que nous faisons, maintenant ? »

Je fus coupé dans ma réflexion par la voix de Sylvie, juste au-dessus de ma tête.

« Un meurtrier dans la nature. Et il aurait vécu des jours tranquilles, si nous ne serions pas là.

-Ok, sista, intervint Indigo : une chose à la fois. Au moins, on sait quoi faire demain mais pour le moment… On a un loup garou à identifier, tu vois ? »

Je ne l’avais pas remarqué, en effet, mais la bête étais redevenu un homme. Ce dernier était blond avec une touffe de cheveux rebelle, mais plutôt petit ; encore plus qu’Indigo, j’entendais. Court sur pate, et particulièrement maigre, son nez était d’une longueur disproportionnée par rapport à son visage, ovale, entre deux âges et plat, ses petits yeux rentrés dans ses lunettes brisées et ses lèvres renfrognées. Il était bossu, ses os ressortant dans sa nudité, et il lui manquait un petit orteil. Et le pire de tout : je le connaissais.

« Non mais… Je crois que toute la puissance cosmique de l’univers se fout de ma gueule, sincèrement. »

Monsieur Amory Boudou, professeur de Mathématique au Lycée Marie Cury. Mon professeur principal. Quelle adorable, exécrable et improbable coïncidence. A cet instant, on m’aurait affirmé que ma mère étais une goule, mon père un vampire, ma grande sœur un farfadet, mon autre meilleur ami un dragon, ma grand-mère un esprit frappeur, mon oncle un homme dauphin et mon proviseur un elfe des bois, je l’aurai cru, sans hésiter, sans même prendre en compte l’identité de mon interlocuteur. Et, le pire, c’est que dans un des cas énoncés… J’avais bon. Mais ça, je n’avais encore aucune raison de le savoir.

Je ressentis comme une pointe de gêne, brusquement, tandis que je me laissais tomber dans les bras de Sylvie. Elle me poussa légèrement sur le côté, sous le sourire d’Indigo. Mais j’étais trop lessivé pour me préoccuper des sentiments des autres. J’avais une légère migraine. Et puis, je me remettais progressivement à réfléchir. C’était pour ça, ce stress permanent, cette manie de marcher entre les rangs, ces absences totalement imprévues ! J’avais été stupide de ne pas faire le rapprochement. C’est ce moment-là que choisis Alizée pour descendre ; sa transformation ne risquait plus d’arriver à tout instant. Elle resta là, plantée dans les escaliers, en voyant le corps de monsieur Boudou en train de dormir comme un bébé. Elle s’en rapprocha, comme pour être sure, m’interrogea du regard.

« Oui. C’est bien le Boubou. »

« Le Boubou » étais un surnom communément admis par les étudiants du lycée pour désigner ce professeur de mathématique complexé par sa taille et sa voix nasillarde, peu crédible malgré ses accès de colères fréquents. Indigo siffla en voyant la robe de nuit destinée à Edmund, sans gêne face à cette fille qui, d’après ce que j’en savais, était une parfaite inconnue pour lui. Je ris malgré moi. Elle s’assit, gênée par tant d’obscènes entreprises. Sylvie se releva, et tâta le pouls du professeur endormis.

« Il va falloir le ramener chez lui, ce « boubou ». Quelqu’un sait où il habite ? »

Son pragmatisme me laissa perplexe. Alizée sourit.

« Une fois, Edmund m’a dit qu’il connaissait un « Amory ». Peut-être que c’est lui. Je vais aller lui demander. »

Je crois avoir déjà mentionné mon indifférence quant aux possibles liens entretenus entre Edmund et mon professeur de mathématique. Encore une fois, ce fut une grossière contradiction. Quand j’appris de sa bouche qu’il connaissait bel et bien « Momo », j’eu la même réaction que nous tous : un échange de regard surpris et une suite de vulgarités nerveusement lancée dans les airs du potron-minet.

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le Sam 26 Jan 2013 - 10:21
Ton écriture est toujours de qualité, c'est indéniable. En revanche, je préfère largement un univers fictif entièrement construit (d'ailleurs, ça craint pour Warp vu combien c'était avancé >o<") plutôt que de s'aider d'une ville déjà existante (surtout quand on y a tout les jours xD). Je devrais faire gaffe à chaque fois que je vais à mon IUT, vérifier s'il n'y a pas de loups garoux derrière moi ^^.
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Invité a écrit:

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le Mar 29 Jan 2013 - 9:37
Partie 3 et e 4 sorties.

Et oui, en effet, j'ai préféré cette fois prendre un truc déjà existant pour mieux me repérer spatialement, étant donné que c'est important. Et puis ça encre un coté plus réaliste.... J'aurai pus faire ça dans une ville fictive mais je trouve Bordeaux assez taillé pour une histoire comme celle ci.

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Fondateur
le Mer 30 Jan 2013 - 19:33
L'histoire prend un tournant assez inatendu, ce qui est agréable, et les descriptions sont vraiment bien faites, c'est un point vraiment positif. Je reste toujours aussi sceptique de faire cette histoire dans une ville réelle et non fictive, mais comme je l'ai dis, c'est personnel.

Bonne continuation malgré tout ^^.
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Invité a écrit:

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le Dim 17 Fév 2013 - 21:53
Un tournant inattendu? Hum... Tu risques d'apprécier la partie 5 alors, qui viens juste de sortir. Avec deux trois retournements de situations sympathiques.

Invité a écrit:

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le Dim 24 Fév 2013 - 15:42
Et la Partie 6 qui conclut cette partie de cette histoire totalement faite à l'aveugle.

Jokend a écrit:

Jokend
Quatuor Universel
le Lun 25 Fév 2013 - 15:39
SO !


Chose promise chose due, je suis là /o/


Bon première chose : on passe l'orthographe et la syntaxe, ok, t'es pas un génie de la grammaire, moi non plus ... Pourquoi en parler ?


Passons au vif du sujet directement.


Le premier paraph' commence par une courte description du monsieur. Personnage fort moyen qui me rapelle Gozen sur beaucoup de points, à celà près que le tien à l'air de presque s'en plaindre. Mais la chute sur "kroux je vois des fantômes" rend le paragraphe interessant, et c'est une bonne chose.


Un p'tit conseil à la volée : C'est bien d'être honnête mais trop de "honnetement/pourtant/neanmoins/cela dit" dans le meme paragraphe, ça alourdit à MORT.



"Et, si vous vous demandez comment elle pouvait tenir le rythme, sachez que c’était un Loup Garoux et qu’elle avait donc une résistance physique accrue ; le revers de la médaille, c’est qu’à la pleine lune, elle se transformait en un monstre assoiffé de sang quand elle ne prenait pas son médicament."


Ca, sans déconner. C'est trop abrupt. Le coup des fantômes ca plonge dans l'ambiance fantastique, c'est très bien. Mais là "sinon ma meilleure amie est tellement épique que j'en fais un double paragraphe de description, à cela près que c'est un lycan sanguinaire"


Non, Kokiri, ca ne pouvait pas marcher deux fois. :rire:


Le coup des initiales c'était particulièrement bien trouvé, j'en ai ri. En plus j'aime Bordeaux, donc le choix de ville ne me dérange pas.



... .... Edmund Dale Forest Brooks. ... MDR sans deconner ? T'as pas trouvé plus simple ? :rire:


Le fait de voir à la volée des fantômes, dont les morts sont assez bien décrites qui plus est, est, je trouve, interessant. Ca coupe la narration standard en ajoutant un peu de fantastique, c'est plaisant.


Ta classification des fantômes est interessante, ton perso dit avoir abandonné, mais j'espere qu'il la reprendra. Ca mérite d'être vraiment bossé.



"Pour ce qui est des caractéristiques respectives de chaque catégorie… Honnêtement, je ne trouve pas ça très intéressant. J’en parlerai plus tard, peut-être. Si on recroise quelques ectoplasmes."

A TITRE PERSONNEL ! Je n'ai jamais aimé les narrations où le personnage s'adressait directement à l'auteur. Ce n'est pas un mauvais point. Juste que moi, bah j'aime pas ça.



"Je soupirais, me dirigeant vers la rue Sainte Catherine : une immense place commerçante grouillant de vies. Et de morts. Je regardais mon portable, distraitement. SMS collectif à une quinzaine d’amis. «Salut. Tu fais quoi ? ». Je regardai quelques vêtements, me dirigea vers la Fnac, fis quelques aller-retour. Une âme de petite fille avec le pantalon baissé me suivit dans le magasin de multimédia, me demandant ce qu’il se passait et pourquoi personne ne la voyait. Plusieurs semaine qu’elle avait disparu, que son image était relayée dans les journaux, et qu’elle était activement recherchée. Je l’ignorai. Sortis du magasin, ou elle ne put me suivre. Regarda mon portable."

Entre ça et facebook, j'me permets de dire que y a un truc qui colle pas : En deux chaps ton persos passe de "Rien a foutre de la vie" à "Omg je suis en manque de sociabilité ;;" tout en trouvant le moyen de "les gens m'emmerdent"


Pas logiiique.


J'peux pas aller plus loin pour l'instant dans le jugement, je reprend apres sur un autre post !
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Invité a écrit:

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le Lun 25 Fév 2013 - 15:50
J'taccorde que Benoit est un personnage assez flou dans ma tète, même si dans mon idée de base, c'est: un mec qui ne sais pas quoi foutre de sa vie, qui veux juste en profiter comme il peux, s'ta dire avec un éternel carpe diem, un peu désespéré sur les bords quand à son futur, et assez silencieux. Mais c'est vrai qu'il s'agit du personnage le moins "net" dans mon crane, parce qu'il subit ce qu'il lui arrive plus qu'il ne choisis. Un peu comme moi qui subit ce que j'écris plus que je ne décide.... Enfin, ça, c'est la vision du mec qui veux se justifier: la vrai, c'est moins glamour, c'est qu'il est clairement pas clair dans mon crane, ou en tout cas beaucoup moins que les autres.

Jokend a écrit:

Jokend
Quatuor Universel
le Lun 25 Fév 2013 - 16:35
Ca viendra ! Je continue.


-Et alors, tu es bien né le 21 décembre ? » > Ok ca c'etait previsible :rire:


Le coup qu'il lui parle, j'aime bien. Ca montre une évolution du personnage, même si je trouve que t'as bcp trop justifié le geste, c'qui rend la chose pas crédible à mon sens.

L'arrivée d'Indigo est, elle aussi, bien trop brutale.


J'aurais attendu de benoit qu'il le cherche, suive des indications floues du fantome ... C'est dommage, en un sens.


J'vois pas pourquoi ton mec s'apelle "Indigo", mais je trouve ça stylé, alors ne l'apelle plus jamais Jean Luc :(

Ah j'ai rien dit pour l'Indigo.


Cela dit, j'aime beaucoup son style. Plus détaché et décontracté, je sais qu'il a un vieux tic mais trop de "mon gars" tue le mon gars. C'est un perso comme Melvin : A prendre avec des pincettes pour éviter d'en faire trop !


C'la dit le coup du médicament c'est un peu fast. Bon, le paraph' est fast et c'est tant mieux, ca traduit la panique ... Mais l'association d'idée est cheloue je trouve. J'meane que le mec parle a Indigo, fais tilt du medicament et d'un coup "OMG UN LG EN LIBERTE" ... J'ai pas trop compris en quoi l'fait qu'elle lui reponde pas = j'ai pas pris mon medoc, en fait '__'


"Indigo lui tapa dans la main sans faire attention à mon œillade interrogatrice, puis commença à prendre des nouvelles : la famille, les amis, les traits d’humour échangés dans un esprit de camaraderie virile, faite de bourrades et de surnoms amicaux et excessivement insultants à la fois. Contre toute vraisemblance, ils se connaissaient. Je ne me demandais même pas d’où : je ne serais pas surpris si l’un ou l’autres était le meilleur ami de ma grande sœur ou de mon professeur de mathématique. Et puis, j’avais d’autres préoccupations plus urgentes.

« Edmund, ou est Alizée ? »"


Alors CA par contre, j'adore ! XD > toujours sur le trip du LG en liberté, tout du'n coup osef "OMG COMMENT TU VAS". Typiquement Vlad. Typiquement ce que j'aime. /o/


"« Bah… J’ai pas bien comp’is. Elle est pa’ti dans la salle de bain pou’ se mett’e en nuisette sexy, appa’emment, et puis à la place ya un loup blond su’ deux pates qui a déba’qué avec ses yeux jaunes, ses dents et ses g’iffes et qui a voulu me manger. Elle avait dispa’u. Je suis désolé. Je c’ois que le loup il l’a mangé. »

Il conclut sa phrase par une petite larme, croisa ses mains, et regarda le sol comme pour faire une minute de silence. Indigo lui tapota la tête, réconfortant."

> Suite évidente du fou rire. XDD ...


"Son grand sourire sincère, ingénu et sans arrière-pensée, comme si il était totalement normal de frapper sa petite amie transformée en loup bipède de deux mètres cinquante et de l’attacher avec des bretelles de sous vêtement, fit éclater de rire Indigo, qui dû se tenir contre le mur pour ne pas se retrouver face contre terre. Personnellement, j’étais médusé. Non seulement ce type avais une force comparable à celle d’un loup garou, mais il avait aussi un quotient intellectuel qui pouvait aisément rivaliser avec celui d’une huitre chaude. Voir peut-être même, s’il se donnait à fond, avec un bigorneau."

Non là sans déconner, c'est trop Gozen. :rire: mais j'adore.



J'trouve pour l'instant que le chap 5 est le meilleur, et de loin. (bon j'ai pas encore lu le six) Parce que l'humour est là, les révélations sont sympathiques et j'aime beaucoup le personnage d'Alizée. Edmund rox aussi mais j'attend d'en voir plus. Indigo j'suis encore un peu perplexe, j'attends la suite.


"un homme dauphin" *tousse*Southpark*


Le chapitre six est en lui-même interessant mais je trouve que le fait de dire "pour un des cas énoncés j'avais bon" c'est à la fois intriguant et repoussant.

Bon, pas repoussant dans l'sens "BWAAAH OMG" mais plutot dans l'sens "merde j'aurais préféré l'decouvrir en solo"


Enfin voila quoi /o/
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Invité a écrit:

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le Mer 20 Mar 2013 - 13:44
Merci pour ta critique. J'en tiendrais compte.

Enfin, j'poste la partie 7 et la fin de l'Acte là, parce que j'ai plus de place sur le premier message (oui c'est nouveau yah une limite de place sur forumactif maintenant)... Donc, bah, que dire? Déjà, que j'adore Sylvie. Ensuite, que cette fin présage une suite, et c'est sur, l'acte 2 arrivera très prochainement.

7.

Nous regardâmes partir Edmund sur un scooter, appartenant apparemment au père d’Alizée. Je ne savais pas comment il avait eu les clés du véhicule, ni pourquoi il n’avait pas jugé nécessaire de vêtir un minimum monsieur Boudou, mais je ne posais plus une seule question sur Edmund depuis un bout de temps. Il était quatre heures du matin et, de toute façon, je n’avais pas envie de me poser de question sur quoi que ce soit. Epuisé, je fus le premier à me blottir dans le canapé d’Alizée pour échapper au froid mordant de cette près-matinée de novembre. Mon dimanche, je le passerais ici, et nulle part ailleurs. Me rouler en boule dans les couvertures et devant Arte : le paradis.

Quand on n’avait pas les fesses de sa meilleure amie sur le dos, évidemment.

«Ben’, pousses-toi un peu. Tu prends toute la place. »

Je fus incapable de répondre autre chose qu’un vague grognement. Elle rebondit plusieurs fois sur mon dos, sans gènes. Je sentis un autre fessier m’utiliser comme canapé. Puis une autre, sur mes jambes. Je fus, non sans insultes diverses et variés et grognements, obligé de capituler.

Il y avait juste la place pour quatre personnes. Quelques secondes passèrent dans le silence le plus total, sans que personne ne dise quoi que ce soit. Mais, dans ce genre de situation, Alizée assumait parfaitement son rôle de dominatrice hyperactive.

« Bon, quelqu’un veut un truc à manger ?

-Ah ouais ma sœur, carrément ! J’ai besoin d’un café noir là ! »

Il se leva, et aida la blonde à en faire de même dans un geste parmi les plus théâtraux qu’il m’eut été donné de voir. Ils allèrent côté cuisine ensemble : Sylvie et moi nous retrouvions seuls. J’entendis un rire d’Alizée. Des bribes de phrases d’Indigo. Vraisemblablement, ils s’entendaient bien, ce qui ne m’étonna pas, même si je ne les avais pas vus une seule fois s’échanger une phrase. Il faisait peur, mais Alizée était extrêmement sociable.

Sylvie, ne perdant pas les priorités de vue, se coucha, la tête sur ma cuisse. Je trouvais étrange qu’elle ne ressente aucune gêne, comme tout à l’heure, lorsque je m’étais étalé sur elle.

« Tu m’excuseras. Je suis épuisée.

-Je t’excuse. Ma cuisse ne réagis plus, de toute façon. »

La lune commençait à laisser sa place au soleil, qui incrustait déjà ses rayons entre les rideaux : une lumière pale et opaque, reflétant l’astre dans son aspect typique du climat océanique en hiver. A Bordeaux, il ne neigeait jamais : les nuages devenaient brillants, et le vent froid du nord nous détruisait la peau. Je me demandais comment Edmund pouvait utiliser un scooter dans ses conditions.

Je posais mon regard sur Sylvie. Elle semblait fixer un point de toute sa concentration, mais je savais qu’elle ne faisait que regarder le vide. Ou plutôt, j’en avais l’intuition. C’était étrange de pouvoir ainsi communiquer avec une personne, sans autres barrières que physique. J’avais du mal à appréhender.

« Le lien est assez surprenant, mais tu t’y habituera.

-Pardon ?

-La connexion entre nous trois. Tu y pensais.

-Oui mais… Je ne lis pas dans tes pensées. Ce n’est quand même pas si fort que ça. Ou bien c’est une question de pratique, ou un truc comme ça ?»

Elle se tourna face à moi, et planta son troublant regard dans le miens.

« C’est juste une question de déduction. Celons les mouvements que tu adoptes sans le vouloir, des tics de lèvres ou des variations de tailles de ta pupille, n’importe qui peux deviner, dans une certaine mesure, ce que tu regardes, à quoi tu penses, ou encore tes gouts ou tes émotions du moment. Il suffit d’avoir lu deux ou trois ouvrages sur le sujet, et d’ouvrir l’œil. Ensuite, viens s’ajouter notre lien : nous pouvons savoir ce que ressent l’autre, ce que pense l’autre, même de manière totalement inconsciente et éloignée de plusieurs kilomètres. Cette égalité fait que je peux, en quelques sortes, lire dans tes pensées ou dans celles d’Indigo. Mais c’est à votre portée aussi. »

Je ne lui fis pas remarquer que son regard n’avait à aucun moment abordé mon visage, et que ce qu’elle avait énoncé n’étais donc absolument pas cohérant : j’étais trop fainéant pour ça, et de toute façon, si elle était si forte, elle savait déjà ce que je pensais. Et puis, j’avoue, je ne voulais pas la contredire : je craignais une réaction étrange ou démesurée de sa part, comme cette petite caresse maternelle de tout à l’heure, à peine avait-elle vue mes joues rougir ; ce qui m’avait beaucoup gêné venant d’une pure inconnue.

Elle me dévisagea alors, comme pour faire échos à ma pensée. Je tentais de deviner ce qu’elle pouvait ressentir, fixant ses yeux. Je décelais, au fond d’un brouillard de fatigue, une pointe de satisfaction, ou de fierté, ou de contentement. Mais entouré d’une sorte de flou : peut-être de la fatigue ? Non, plutôt une sorte de douce somnolence, une certaine sérénité… Ou une satisfaction plus intime et moins égocentrique ? Ce ne serait pas cohérant avec la situation. Je tâtonnais, tentais de deviner ce que me susurrait à l’oreille mon instinct : un peu comme une jeune mère cherchant à déchiffrer les pleurs de son enfant ; non, plutôt comme lire un livre dans une langue totalement inconnue en essayant de comprendre quelques choses, et d’espérer apprendre ladite langue de cette façon. C’était stupide ; et puis, de toute façon, qui étais-je pour regarder les émotions des autres ?

Ma mère avait une doctrine, pour ça : « Ne fait pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasses. ». Ce qu’elle m’avait rabâché dans ma prime jeunesse plusieurs fois, je m’en rendis compte à ce moment-là, avait fini par rentrer dans mon crane à mes dépend, lavant mon cerveau aussi discrètement qu’un fantôme. A cet instant, cette phrase toute faites n’avait jamais été aussi vrai. Je ressentais les émotions de mes camarades, et eux les miennes, de manière totalement ponctuelle et involontaire : j’avais compris que je ne pouvais rien y faire, et c’était très bien. En revanche, fouiller dans un esprit des émotions personnelles ténue ou globale, c’était… Obscène. J’avais l’impression de regarder une sorte de film pornographique ; non, pire, une caméra cachée pornographique. Voilà, c’était ça, cette drôle d’impression de culpabilité : j’avais l’impression d’avoir posé une caméra cachée dans la chambre de Sylvie et de la regarder s’ébattre avec d’éventuels amants (et je ne doutais pas qu’elle en avait).

Elle pouffa, me sortant brusquement de mes réflexions. Elle rougissait légèrement.

« Qu’est-ce qu’il y a ?

-Tu m’imaginais en train de coucher. La question que je me pose, c’est si dans ton imaginaire te visualisait avec moi ou si…

-Arrête ça. »

Elle me regarda dans les yeux, surprise autant que moi par le ton de ma voix tout à coup plus vindicatif. Elle ne semblait pas comprendre.

« Lire dans mes pensées, comme tu le fais. C’est gênant.

-Ah… C’était donc ça…

-De quoi tu parles ? »

Elle se rassit alors, et ramena ses petites jambes contre son corps. Elle avait l’air beaucoup plus frêle dans cette position… L’associer à une forme de faiblesse fit bondir mon cœur dans ma poitrine de surprise ; une fois, pas plus.

« Nostalgie, colère, honte… Tous ses sentiments, et cette honteuse réflexion sur ton visage…

-Ou… Oui –J’étais troublé par sa subite pointe de douceur dans sa voix-. Alors arrête, s’il te plait. Je déteste avoir l’impression de ne rien pouvoir caché à quelqu’un. J’ai l’impression d’être... Nu.

-Tu n’as pas l’habitude, je comprends. »

Elle appuya son menton contre ses genoux. Son regard était redevenue vague, sa voix avait repris sa force tranquille et sèche. Le silence se réinstalla. Elle n’avait pas l’air d’être disposée à relancer la conversation. Sa « façon d’être », le plaisir qu’elle avait à analyser la moindre de mes réactions… Je l’avais détruit. Avais-je tout autant réduit en miette nos relations ? Avait-elle peur de discuter avec quelqu’un qui ne se laissait pas faire ? Je me demandais si Indigo avait été aussi franc que moi, ou même si elle avait pris l’habitude de le sonder… Mais la réponse m’apparut comme le nez au milieu de la figure.

« Troublante, hein ? J’ai ressentis la même chose, mon gars, la première fois que je l’ai vu. On s’y habitue, t’inquiètes. ». Sous-entendu : lui se laissait faire sans histoires, et l’avais apprivoisé comme ça. Et que j’avais fait une énorme bêtise malgré les recommandations d’Indigo et de son langage codé. Une bêtise que j’espérais réparable.

« Ecoute… » Tentais-je.

Mais la sonnette d’Alizée retentis à ce moment-là. Et elle alla ouvrir, me laissant seul sur le canapé. Seul avec ma gaffe.

« Re-bonjour, Edmund.

-Yoh, Sysi -Il prononçait "Saillesi"-. J’te fais la bise, comme je t’ai pas dit bonjou’. »

Il lui fit la bise, agitant sa tête avec la grâce d’un dindon, souriant comme un benêt. Entra à grandes enjambées. S’étala sur le canapé, avec moi dessous, et ses basquets sur mon jean. Se retourna.

« Tu me tiens les pieds, s’teuplait, Ben’ ? J’vais fai’e des abdos pou’ me ‘éveiller.

-Euh…

-Me’ci ! »

Il plia ses genoux, et commença sa série d’abdominaux à une vitesse impressionnante pour quelqu’un d’aussi normal que moi, pauvre teneur de pied, admiratif devant tant de prouesses physiques. Je me demandais ce qu’il mangeait pour avoir autant d’énergie à revendre.

Il finit sa série d’abdo, et se releva sans crier gare quand il vit Indigo et Alizée débarquer, des taches de café, de chocolat, de sucre et de miel plein les vêtements, avec deux plateaux bourrés de victuailles préparés par leurs soins.

« Chou ! Indigo ! Vous m’avez manqué, les gens !

-Edmund… Tu es debout… Sur mes cuisses… Et ça fait vraiment mal…

-Ah pa’don. »

Il sauta sur le carrelage, gardant la même position (droit comme un I, les bras ouvert, seul ses pieds ayant projetés sa masse de muscle de presque deux mètres), tandis que nos deux cuisiniers attitrés déposaient leurs mets sur la grande table de verre. Tout en me massant frénétiquement les jambes (ce qui étais stupide, en soit, puisque frotter une zone de douleurs ne ferait qu’échauffer la douleur et donc, l’amplifier, mais ce réflexe était persistant chez moi), je ne pus m’empêcher de me dire qu’Alizée en faisait vraiment toujours trop, qu’Indigo et elle, dans cet excès permanent, faisaient vraiment la paire, et de remarquer un détail : Edmund avait l’air de connaitre autant Sylvie qu’Indigo. De plus en plus, je me demandais si ce n’étais pas plus lié à leurs activités de sauveurs d’âmes plus qu’à une simple correspondance de soirée ; pour être honnête, j’avais du déjà mal à voir Sylvie au milieu d’un nombre de personnes avoisinant le chiffre cinq.

Toutefois, je n’obtins pas de réponses à mes interrogations : la fin de cette harassante soirée vint assez vite. Pour ainsi dire, je m’endormis, littéralement, sur une de mes tartines de Nutella, épuisé. Mon sommeil fut, apparemment, long et sans rêves ; je me souviens juste que la conversation avait porté sur la préparation du chocolat viennois, mais je n’avais pas la moindre idée du moyen de parvenir à ce débat autrement plus intéressant que les histoires de fantômes.

Je me réveillais sur le canapé, quelques heures plus tard, éblouis par le soleil pale de onze heures ; une particularité de la ville, ses nuages blancs recouvrant souvent le soleil en hiver, laissant passé une lumière blanche tamisée. Les oiseaux de passage gazouillaient. Des rescapés de l’hiver, sans doute. Je mis quelques secondes à prendre conscience de mon environnement proche. La table avait été débarrassée. J’avais une couverture sur mes pieds. Et un drôle de bruit provenait de l’étage.

Finissant par discerner clairement l’origine de ce désagréable tintamarre, nul autres que l’origine du monde et l’origine de la guerre en personne s’entrechoquant, je ne trouvai aucune réaction plus appropriée que de sortir mon téléphone et de mettre un peu de musique. De la dubstep couvrirait cet effet sonore organique plutôt aisément. Mais mon entreprise fut interrompue. Par 29 appels manqués d’un numéro inconnu.

Je rappelais.

Ca décrocha.

« Hey bah mon gars, tu fou quoi ? Deux heures que je t’appelles !»

Je mis du temps à reconnaître ce son si particulier, encore rattaché par une ficelle aux bras de Morphée.

« Indigo ? Comment as-tu eu mon…

-Alizée me l’a donné, tu vois ? Bon, grouille, on sait qui a tué la boulangère. C’est son amant, évidemment, ils se sont engueulés, la panique, boum. Sauf que l’amant en question, bah, c’est un agent de la police, tu vois ? Un officier, certes, mais un pote du commissaire. On a besoin d’un mec qu’il connait pas. Toi, mon gars.

- Qu’il connait… Attend, tu as eu des histoires avec la police ?

-Bah, quand on s’arrange pour ramener des macchabés dans le monde des morts, on trempe souvent dans des affaires pas très catholiques, tu vois... Mais bon, le père de Sylvie nous couvre, il est commissaire.

-Oui… Enfin, que veux-tu que je fasse ?

-Bah théoriquement, le suivre et le prendre dans une ruelle avant qu’il puisse sortir son arme.

-Pardon ?

-Ramène toi, j’t’expliquerai, mon gars ! On est avec Fernand. Tchao !

-Attend, je n’ai pas spécialement envie de… Putain ! »

Il avait raccroché, sans me demander mon avis. Je me laissais tomber, regardant avec incrédulité mon portable.

« Bon… Bah, là, t’es piégé, mon vieux Ben’… »

Ce fut un murmure, que personne n’entendis. En fond sonore, toujours le même bruit désagréable.

Je souris.

C’était bien la première fois que quelqu’un d’autres qu’Alizée me demandait un service. J’avais peur. Mais… Je savais que quelques part, je ne pouvais pas refuser. J’étais enthousiaste à l’idée de passer à l’action. Et je savais qu’eu aussi.

Je me levais, m’étirait. Mis mes chaussures. Et, claquant la porte de la maison d’Alizée derrière moi, je ne me retournai pas. Pour la première fois depuis plusieurs années… J’avais un objectif.

Et j’étais heureux.

Même si, à ce moment-là, je ne m’imaginais même pas dans quelle galère je m’embarquais. Ho non… Pas le moins du monde. Mais je vous raconterai ça, peut-être. Un autre jour.

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le Mer 20 Mar 2013 - 20:51
Eh bien ça me plairait que cet "autre jour" vienne assez vite, parce que la suite de l'histoire promet. Alors attention par contre, j'ai remarqué quelques fautes (du style "Celon" à la place de "Selon", ainsi que des fautes d'accord). J'ai pas plus de remarque à fournir, l'histoire me plait bien pour l'instant, même si je maintiens mes commentaires précédent au niveau de l'univers qui peut être, aurait été mieux sans le localiser précisément, mais bon !

Bonne continuation en tout cas.
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Invité a écrit:

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le Ven 22 Mar 2013 - 12:53
Merci Link =D Je vais commencer à faire un peu de pub. M'énerve que vous soyez que deux (trois avec un ami non inscrit) à le lire.

En attendant... Début de l'Acte 2! (j'édite le premier post après)

ACTE 2 : Ou les fantômes ne sont plus tout seuls à ennuyer leurs mondes.

1.

« Grand deux, cet Incipit n’est pas satisfaisant. »

Bruit de stylo griffonnant du papier.

« Prenez des notes : ce texte se présente, dès le départ, comme déceptif. Il ne respecte absolument pas les mécaniques du roman ; certes, le duc d’Auge est rapidement esquissé et certes, l’époque est clairement énoncée ; mais le tout est ponctué de nombreux anachronisme, accompagné de jeux de mots d’un gout plus que douteux de surcrois. Tout ceci est, évidemment, parfaitement maitrisé par Queneau qui fait partit, je vous le rappelle, du courant de l’oulipo, et cherche donc à attirer le lecteur sur les mots eux même et non pas sur… »

Une sonnerie de portable retentit dans la salle de cours de madame Javier, professeure de Français à la voix suraigu et aux cheveux blonds décolorés et frisés âgée d’une cinquantaine d’année ; une grande brindille, semblant tout le temps sur le point de tomber dans sa tenue de dame de la haute, impression renforcée par son attitude maniérée trahie par des mains chevrotantes. Ses yeux bleus pales semblaient tout le temps tristes, et je la soupçonnais d’être sous anti dépresseurs constamment. Je l’appréciais : elle expliquait le cours simplement, et ils étaient clairs sans pour autant nous prendre pour des andouilles finis. Mais j’étais bien le seul à lui trouver des qualités, alors je me gardais bien de le dire. Les élèves de la section scientifique avaient généralement une dent contre le Français et, par défaut, ils rejetaient la faute sur les professeurs. Il y a toujours un bouc émissaire à l’ignorance collective. C’est dommage pour eux ; et je parle bien des deux partis, bourreaux stupides comme victimes martyrs. Personnellement, je ne me souciais pas le moins du monde de cette lutte des classes (sans mauvais jeu de mot lié à l’environnement scolaire, bien entendu) : je n’étais pas un moralisateur dans l’âme, et j’évitais dans la mesure du possible qu’on s’intéresse à moi. C’était bien mieux qu’on voie en moi une personne tout à fait normale, sans histoires et sans secrets particuliers.

Mais tout le monde avait ses secrets, quoi qu’on dise. Mais Victor Hugo m’avait appris une chose : « Vrai ou faux, ce qu’on dit des hommes tient souvent autant de place dans leurs vie et souvent dans leur destinée que ce qu’ils font ». Je n’avais jamais dévié de cette règle première.

Heureusement, dans cette classe, j’avais deux amis qui tenaient très bien le rôle de phénomènes de foire. Alizée, bien entendu, son génie complètement surréaliste et sa capacité à s’intéresser à tout ciblant les attentions du commun des mortels tout entier (elle avait un nouveau petit ami de 19 ans, disait-on, mais ce n’était pas sûr, et de nombreuses rumeurs couraient sur ce possible nouvel amant. Certaines, comme ses potentielles origines new yorkaise ou son nom sur facebook, EDLB Powerstar, me faisaient sourire doucement) ; et Claudio. Le propriétaire du portable, qui diffusait actuellement « I’m sexy and i now it » de LMFAO dans toute la classe, faisant rougir le jeune homme et rire la plupart de ses camarades. D’ont la blonde aux yeux d’ambre.

Pas madame Javier.

« Claudio ! Ton portable et fissa !

-Mais madame, c’est ma mère… »

Le « r » de « mère » roula aussi bien que peux le rouler l’accent slave.

« Je me fiche de qui il s’agit !

-Mais c’est pas cool, ‘faut répondre à sa mère. Question de politesse et d'éducation, madame.

-Claudio, tu as cinq seconde, sinon, c’est deux heures de colle et un rapport chez monsieur Mouriel. J’en ai plus que marre de ton insolence déplacée !

-Honnêtement, j’préfère être insolent avec ma mère qu’avec vous... Enfin l’inverse… Enfin, Вы видите, pas que j’vous aime pas, mais...

-Tu as gagné. Dehors ! Qui sont les délégués de classe ? »

Une voix s’éleva dans le fond : Alizée et Léon, madame. Claudio attendait dehors, répondant à sa mère au passage. Les grands gestes de son petit corps rond accompagnaient sa voix grave de russe.

« … Nan mais maman, j’étais en cours là, du coup je suis chez le proviseur… Comment ça, mon rendez-vous chez le dentiste ? Дерьмо! J’ai oublié…

-Claudio, ce n’est pas…

-Attendez, deux minutes. Non, c’était la prof… Non mais du coup j’peux pas, je vais chez le proviseur, là… Comment ça je fais chiez, c’est toi qui m’appelle en plein cours ! … Mais j’l’avais éteint, mon portable ! Il s’est rallumé dans ma poche ! … Mais non je te prends pas pour une Идиот !

-Claudio, éteint ce portable tout de suite !

-Oui Madame, c’est bon, calmez-vous, s’pa un film de Michael Bay ici, tout va pas exploser ! Bon, on verra ce soir maman, ok ? … Ouais, ouais, moi aussi, Я люблю вас… »

Il raccrocha. Ne me demandez pas de traduire les mots en russe. Moi non plus, je n’avais pas la moindre idée de ce qu’ils signifiaient, mes notions dans cette langue étant extrêmement limitées.

« Léon, accompagnez monsieur Primslov chez le proviseur, s’il vous plait. »

Elle reprit son cour, tandis que je les vis sortir de la salle. Je ne pus m’empêcher de sourire en détaillant le physique de Claudio et Léon, totalement opposés. L’un était petit et gras, l’autre grand et assez musclé. L’un avait un nez rond et grossier, l’autre un nez fin et bien dessiné. L’un avait un menton plat et doublé par des pendants lipidiques, l’autre une mâchoire fine et un menton en fossette musclé. L’un avait des grands yeux ronds, brillants et bleus couleur de nuit, rehaussés par des grosses lunettes rondes, l’autre avait des petits yeux fins en amandes, bleu azurs, placides, accentués par des petites lunettes carrées. L’un avait les cheveux blonds clairs, moyennement courts et figée dans une bataille pire que celle de Verdun, l’autre les avait noirs corbeaux, longs et soigneusement attachés en queue de cheval. L’un avait la peau basanée, l’autre assez pale. L’un bougeait tout le temps, marchait d’un pas vif et affichait une expression extrêmement marquée par son émotion du moment, l’autre avait une attitude désinvolte, trainait des pieds et semblait dormir à moitié en permanence. L’un était en jogging et en sweatshirt, l’autre en chemise blanche et en jean. L’un s’appelait Claudio Primslov. L’autre Léon Étienne.

L’un était l’un de mes deux meilleurs amis, bon vivant nonchalant et étonnamment attachant. L’autre n’était qu’un sombre salopard sans cœur, que je ne pouvais pas voir en peinture sans posséder au moins de cinq ou six bombes de peintures pleines.

Evidemment, je me serais bien gardé de lui dire ce que je pensais, ma force n’égalant certainement pas la sienne. Mais il avait fait souffrir Alizée de manière assez réprouvable et, surtout, durable, sans éprouver le moindre remord ou ressentiment. Pour moi, à ce moment-là, il n’était qu’un accro de la chair, un calculateur froid n’en ayant rien à faire de ce qui l’entourait. Déterminé par tous les moyens à avoir ce qu’il voulait, il détestait sans aucuns doutes toutes formes de compassions ou de responsabilités. Et pourtant, les filles l’adoraient, et les professeurs aussi. Sans doute avait-il des qualités, comme tout le monde. Mais je ne voyais en lui qu’une soupe fumante de tout ce qu’il y avait de mauvais en l’être humain ; ainsi que deux fœtus le suivant, pas moins. Et pourtant… Il continuait de laisser trainer son sexe et ses préceptes moraux stupides et sans fondements, allant de l’intolérance et des avis tranchés assez simple et innocents au racisme et à la haine de la différence pure, impunément dans n’importe quelle jeune fille sans barrières morales... Un peu comme Alizée. Comment faisait-il pour ne pas salir sa réputation ? Le mystère restait entier. Peut-être était-ce dû à ces mikado au chocolat qu’il ingurgitait à longueur de journée ? Ou au mystérieux pendentif en or massif qu’il arborait tout le temps, d’ont personne ne connaissait le contenu exact, et qui accentuait ses pectoraux saillants?
Petite explication sans transition : ce que j’appelais des fœtus (et qui n’en étaient en vérité pas véritablement, vu qu’il s’agissait plutôt d’embryons auréolés de bleu pale, doté du visage de la mère de l’enfant mort, de la taille d’une tête et formant comme une couronne autours du hanté) n’étaient autres que les descendants avortés d’une personne (en l’occurrence, Léon) continuant de persister sous la forme de fantômes inconscients, tournant comme des mouches autour de sa tête pour mes yeux de fils de l’équinoxe. Un phénomène qui ne touchait étrangement que les pères, les mères héritant des fausses couches. Ces résidus de culpabilités, indices précieux pour considérer viols et autres abus sexuels divers, étaient une forme de Vengeurs trop faibles pour hanter d’une quelconque manière qui que ce soit.
En travaillant ces deux dernières semaines avec les autoproclamés « enfants du 21 », référence évidente à notre date de naissance commune, j’avais en effet décidé de sortir du grenier mon vieux répertoire abandonné au collège, de le retravailler de manière plus sérieuse, et de le renommer pour l’occasion la « nouvelle classification des fantômes », ou plus simplement NCF. C’était utile quand il s’agissait de les faire « partir ». Nous avions, avec Indigo et Sylvie, un postulat simple : nous étions comme des médecins de l’âme, formant des diagnostics à partir de symptômes et appliquant les méthodes nécessaires pour soigner les damnés en perdition quand c’était possible ; c’est-à-dire, quand il ne s’agissait pas d’âmes inconscientes.

Il y avait toutefois des cas d’âmes conscientes (les âmes conscientes et inconscientes étaient le premier embranchement de la NCF à ce moment-là) sur les huit cas traités que nous n’avions pas pu aider en deux semaines. Le premier était Fernand ; l’ancien sans abris n’entrait dans aucune classification et, quoi que nous fassions, refusait de se laisser partir, c’était assez clair dans notre esprit collectif désormais. L’autre, plus intriguant… C’était cette petite fille, à la Fnac.

Nous étions allez la voir il y avait déjà quatre jours, sous ma recommandation. Dans un premier temps, elle avait présenté tous les symptômes de la catégorie des bornés : elle tentait de parler aux gens, rattachée à un endroit, sans se rendre compte qu’elle était morte. Normalement, il était simple de soigner les bornés : il suffisait de leurs faire comprendre qu’ils étaient morts. Une fois le choc passés, ils acceptaient de partir, tout naturellement. Mais dans son cas… Nous lui avions parlé, dis qu’elle était morte. Essayé de la faire se souvenir des dernières heures passées.

Elle avait, au bout de plusieurs heures de conversation, finit par se souvenir. Le grand vigile du magasin au visage couvert d’un masque de singe, les horreurs qu’il lui avait faite, la manière d’ont elle était morte d’un coup de Tazzer bien placé dans la nuque. Et puis, au final, elle semblait enfin avoir accepté son passage dans l’autre monde…

Mais elle n’était pas partit. Sans comprendre pourquoi. Alors que, de sa propre confidence, c’était tout ce qu’elle voulait : en finir avec ce cauchemar.

Elle ne pouvait donc pas être un effrayé (les fantômes n’ayant que pour seule attache la peur de mourir, les plus courant parmi les conscients), et encore moins un chasseur (ceux qui, rattaché à un lieu ou à un objet, chassent les personnes s’en approchant ; entrent dans la sous-catégorie d’âmes conscientes des esprits frappeurs, c’est-à-dire les âmes suffisamment puissante pour avoir une présence physique, avec les Vengeurs et les Suicidés, reflet des regrets d’une personne laissant sa trace en un lieu et influençant certains vivants plus « sensibles » que d’autres). Il n’y avait donc plus que quelques solutions. Très peu de diagnostic possibles.

Nous étions vendredi, donc, la première soirée du weekend. Ce soir, nous irions donc la voir. Et nous essayerons la dernière possibilité donnée par la NCF : la dame blanche. C’était un cas extrêmement rare, mais plausible. L’une d’elle était très connue, dans le village de mes grands-parents, et une de mes amie quand j’étais enfant. J’en reparlerai un jour, peut-être…

Les dames blanches étaient des fantômes de femmes mortes dans l’heure suivant un rapport sexuel forcé. Elles hantaient le lieu de leurs morts, et ne partaient qu’au décès de leurs anciens tortionnaires. Mais ce n’était pas tout. En effet, elles avaient une particularité notable par rapport aux autres fantômes : les hommes infidèles la voyaient, et généralement, elles les remarquaient d’instinct. C’était là que la théorie avait ses failles, mais c’était aussi à partir de là que le plan était conçu. Des failles, car la Fnac étais un lieu relativement fréquenté, et donc, par beaucoup d’hommes infidèles ; même s’il était vrai que la petite fille fantôme restait souvent cloitré dans les toilettes, ou dans un coin à attendre et à lire des livres. Toutefois, il survenait peut-être, celons Fernand, un blackout au moment de la détection de l’homme trompeur, et nous n’avions aucun moyen de le savoir ; il était probable qu’elle ne se souvienne donc plus d’éventuelles personnes croisées dans les rangées du magasin.
Quant à la conception du plan, et bien… J’avais, dans ma classe, un homme infidèle tout trouvé. Encore fallait-il le convaincre de venir cette nuit dans une Fnac fermée ou la petite ne pourrait que le détecter. Et dieu seul savais à quel point Léon était difficile à convaincre tant il était borné.

Une fois cette étape passée toutefois, nous serions fixée. Léon aurait la peur de sa vie. La petite serait identifiée et nous pourrions la soigner. Happy end. S’aurait été une mission éprouvante par rapport à d’habitude, mais au moins, nous aurions aidé une âme en perdition à se comprendre.

Sauf que, évidemment… Tout ne se passa pas comme prévu, cette nuit-là encore. Mais n’est-ce pas pour cela que c’est intéressant à raconter ?

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le Sam 23 Mar 2013 - 11:01
La scène du téléphone m'a fait sourire xD. Bon comme précédemment, je dois dire que tu joues assez bien avec le suspens du coup on a vraiment envie d'en savoir plus sur cette histoire de dame blanche. Je me demande ce qui va se passer.
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Invité a écrit:

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le Ven 29 Mar 2013 - 16:16
Partie 2 out! Partie particulièrement longue ou il se passe pas mal de trucs... Nouveaux personnages encore, mais surtout de l'action du développement, de l'humour un peu con et deux trois little révélations!

2.

« Pour résumer, tu veux que je vienne à une soirée avec toi, ce soir, parce qu’il y a une fille qui t’intéresse et que tu veux des conseils pour sortir avec elle ? »

C’était l’explication improvisée la plus stupide que je n’avais jamais entendu. Et le pire, c’est qu’elle sortait de ma bouche. La voix placide et conciliante de Léon me vrillait les oreilles, mais je savais que je n’avais pas le choix. J’acquiesçai. Il me détailla, avec son air à moitié endormi. Bailla. Ouvrit un paquet de Mikado et m’en proposa un. Je dénigrai poliment l’offre : j’étais dans la queue du réfectoire, et je n’avais pas faim. Je me demandais comment il trouverait le courage de manger du chocolat au lait maintenant… Pourtant, il en prit un, et le tourna dans sa bouche, le laissant fondre. Remonta ses lunettes.

« Et cette fille… Elle est comment ? »

Je fus surpris par sa question. Mais c’était évident : il s’intéresserait lui aussi à cette mystérieuse créature féminine, et la porterai dans son tableau de chasse. Il fallait être le plus parfait des idiots pour lui demander des conseils à ce niveau là… Mais bon, il fallait bien ça pour le mener là où je voulais. J’avais eu assez de mal à lui parler seul à seul sans qu’il ne soit entouré par son harem d’adolescente un peu trop crédule, et il n’était pas question que j’échoue.

Une fille qui lui plairait et sortirai de l’ordinaire… J’avais ça dans mes amis.

« Et bien… Elle est jolie. Un peu marginale, mais jolie. Elle aime le rock, les Pink Floyd, je crois…

-Tu crois ou tu en es sur ? La musique, c’est un bon angle d’attaque. »

Il avait l’air de prendre ça à cœur, et parlait comme s’il s’agissait d’une cible à abattre. C’était peu habituel de le voir avec une autre lueur dans les yeux que de la pure lassitude. Ce type était vraiment ignoble.

« Elle porte souvent des teeshirt avec des noms de groupes : AC DC, Iron Maiden, Aerosmith, Pink Floyd, Ramnstein…

-Ok. Et tu la connais d’où ?

-De… De soirée. Par… Le copain d’Alizée… »

Il parut brusquement, l’espace d’un instant, se réveiller complètement. Je jurais intérieurement : c’était la chose à ne pas dire. Pas à lui. J’éludais le sujet en vitesse, avant qu’il ne m’interroge d’avantage.

« Elle est assez… Douce. Disons qu’elle est plutôt tactile… Enfin, elle n’est pas du genre à rire stupidement et à te raconter sa vie…

-Elle est distante mais tactile ? »

Ce fut comme s’il n’écoutait qu’à moitié, brusquement désintéressé par cette fille.

« Oui, c’est assez paradoxal, mais c’est comme ça… Elle est assez calme. Et elle a un regard très…

-Il y sera ? »

Regain assez brusque d’intérêt. Il me regarda dans les yeux. Ce fut… Troublant. Voir même assez effrayant. Je n’avais jamais remarqué un léger reflet rougeâtre dans le bleu pâle de son iris ; la lumière du réfectoire se reflétant dans son œil, sans doute, je l’espérais… Les deux Fœtus se reculèrent, brusquement, comme effrayés.

« De qui parles-tu ?

-Le mec d’Alizée. Il y sera, à ta soirée ? »

Un léger silence. Quelques choses d’étouffant, dans l’air. De pressant. Comme un vrombissement dans mon oreille. Un léger mal de crane. J’étais tombé malade ? Ou bien…

Etait-ce lui ?

Oui, ça ne pouvait être que ça.

« Oui… Normalement…

-Ok. Je vais venir avec toi, alors. Je vais essayer de t’aider, mais je n’y connais rien en rock, alors… Je vais voir ce que je peux faire. »
Au fur et à mesure qu’il parlait, l’atmosphère redevint normale. Je m’adossais à la barrière de métal gelée délimitant le couloir avant le réfectoire. Cette sensation…

« Ok… Merci.

-Je t’en prie. C’est moi qui te remercie.

-Pourquoi ? »

Il s’adossa à la barrière à côté de moi.

« De me reparler. J’ai eu du mal à accepter que, après ça… Enfin, tu comprends. »

Il se tut quelques secondes. Me laissant méditer ce qu’il avait dit. M’énerver seul. Bouillir de rage. Comment osait-il ? Comment pouvait-il seulement se permettre de ne pas « accepter » ?

« A ce soir alors ?

-Ouais. Ce soir. Je viendrai te dire la rue à la sortie de cours.

-Ça marche. Je pourrais inviter deux ou trois personnes ?

-Je ne sais pas… Il faudra que tu demandes à la personne qui invite.

-Je le connais ?

-…Jean-Luc Martins.

-D’accord… Eh bien, à plus tard, Benoit. Content que… Ce malentendu n’existe plus. »

Il alla, sur ce, rejoindre un groupe de fille, un peu plus loin.

Malentendu.

Malentendu.

Je ressassais. Encore et encore. Pour ne pas lui coller mon poing dans ma figure. Il ne pouvait pas y avoir de malentendu. Pas avec moi, Léon. Tu ne pouvais pas me mentir. Pas en ayant le visage d’Alizée qui tournait, en permanence, autour de ta tête : son enfant. Votre enfant. Un salopard fini, voilà ce que tu étais, et ce n’est pas en me disant le contraire et en me regardant droit dans les yeux que tu pourrais me mentir.
Car je voyais la vérité. Et elle te tournait autour, en permanence.

« Hoy, Толчок ! Tu foutais quoi, là ? »

La voix de Claudio, brusque et sans appels, me claqua l’épaule avec une force incontrôlée pour me sortir de mes pensées. Ses yeux étaient sévères ; l’expression de quelqu’un qui ne comprenait pas tout et qui se fichait de comprendre. Je savais ce qu’il me reprochait, mais fis mine de rien. Claudio étais quelqu’un de franc et d’extrêmement borné ; pour lui, Léon étais un ennemi à abattre, rien de plus. Le problème, c’est que je ne pouvais pas lui dire que je comptais le piéger pour aider un fantôme, pour une raison simple : il ne connaissait pas mon secret. D’un commun accord avec Alizée, nous avions décidé de ne pas lui en parler. Aussi avait-il du mal à accepter ma rencontre avec Indigo et Sylvie, et passer autant de temps avec eux, là ou auparavant nous étions souvent ensemble, Alizée, lui et moi.

Je tentais donc de bafouiller une explication.

« Je… Je discutais.

-Avec Léon !

-Oui. Je lui demandais conseil pour…

-Sylvie. J’ai entendu. S’pour ça que t’es tout le temps avec eux, Хитрость молодая ? »

Je ne sus que répondre. Il entra un code, et mis sa main sur la borne de reconnaissance digitale ; une nouvelle technologie que je trouvais inutile et encombrante sur de nombreux points, mais modernité et réputation du lycée oblige, le proviseur avait cédé, sans doutes sous la pression de l’éducation nationale, ce genre d’opérations inutilement couteuses ne lui ressemblant pas du tout, au bling-bling outrancier des entreprises de technologie basiques… Je fis de même avec ma main, et pris un plateau. Menu du jour : bœuf bourguignon et semoule, avec en entrée du pamplemousse et en dessert de la mousse au chocolat. J’adorais le pamplemousse.

« T’aurais pas pu me dire plus tôt que tu la kiffais, Шут ? T’es vraiment con, sérieux.

-Pour que tu m’arranges un coup ? Mouais. Je les connais, tes plans foireux.

-Hey ! J’ai progressé depuis le collège ! Edmund et Alizée, c’est de moi ! »

Je m’assis à une table. Il me suivit et s’assit en face de moi.

« Hey, on échange ? Fruit amer contre matière grasse trempée dans le chocolat.

-Va. Je t’accorde mon pamplemousse, dans ma bonté infinie.

-Et pour Léon, j’ai la grâce de messire le Tzar ?

-Non, pour ça, Трахнитесь от, et t’as intérêt à bien t’expliquer.

-Explique-moi d’abord comment tu as fait pour Edmund et Alizée… Et d’où tu connais ce mec.»
La transaction s’effectua.

« Tu te rappelles quand l’autre Сумасшедший l’a quitté…

-Thierry ?

-Nan ! L’autre, celui qui est dans le lycée…

-Ha ! Gauthier.

-Oui, voilà, lui. Il a pas super apprécié que je lui conseille de le quitter, donc il a voulu se venger sur moi, et me suivre jusque dans mon appart pour, Вид , me casser la gueule, ce genre de trucs.

-Oui, comme la moitié du peuple de ce lycée.

-Точный. Sauf que la veille, j’avais rencontré un type plutôt étrange, qui m’avait donné son numéro et avait tenu à ce que je prenne une photo avec lui en échange. Le type en question… Bah il était plutôt… Крепкий человек. Alors je l’ai appelé. Je lui ai dit qu’un mec me suivait et qu’il voulait me tuer. J’avais peu de Надежда que ça marche… Mais le type a rappliqué.

-Le « type », comme tu dis, c’était Edmund ?

-Вот.»

Claudio étais un des rares hommes au mondes à pouvoir manger et parler en même temps sans que ça ne soit ni sale, ni dérangeant pour son articulation labiale. Généralement, pendant les repas, c’était lui qui parlait, et moi qui écoutait… Pas que pendant les repas d’ailleurs. Entre Claudio et Alizée, je m’exprimais assez peu. Pas que j’en ai envie. Ces deux-là étaient de vrais commères, parlant de gens et de choses d’ont je me souciais peu ou pas du tout.

« J’avais jamais vu ça. Edmund est arrivé derrière lui (le grand Черный de deux mètres, Вид, comment il a fait pour pas le remarquer ?) et lui a fait une sorte de German Suplex bizarre, Вид avec les jambes, et sur les mains ! En plein cours Victor Hugo, tu vois le délire ? »

Venant de Edmund, ça ne m’étonnais pas le moins du monde. J’acquiesçais : je me délectais maintenant, enfin, de mon délicieux petit Pamplemousse.

« Après, le mec étais, Вид, juste assommé. Je sais pas comment il a fait pour pas lui briser la nuque, mais bon… Il s’est penché vers lui, Вид , Chuck Norris, et il lui a dit, avec le Взгляд смерти, et son accent, tu vois cet accent ?

-Hmm. »

Le pamplemousse accaparait toute mon attention. Quand à Claudio… Il revivait la scène.

« Il lui a dit, Вид : « La prochaine fois que tu touches à mon pote, je sais pas ce que j’vais te faire, mais tu vas avoir mal. Très mal. » Putain ! Ce Поездка de malade quoi ! J’avais jamais vu un mec aussi… Класс !

- Класс, en effet.

-Après, Вид , j’lui ai offert un Kebab pour le remercier, il était genre avec son grand Улыбка, tu vois son grand Улыбка? Et on a déliré. Ensuite, Alizée m’a appelé, on est allé chez elle, ‘pis là… Coup de foudre entre les deux. J’me suis cassé quand ils se sont enfermés dans Туалет, au bout d’une heure. Tu sais tout.

-Ouais. En fait, tu n’as strictement rien fait.

- Да! Je suis l’artisan de leurs rencontres !»

Il finissait sa mousse au chocolat au même instant que je finissais mon pamplemousse, semblant avoir totalement oublié l’histoire avec Léon. Claudio et sa mémoire de poisson rouge, une grande histoire d’amour.

« Хорошо! On va en cou…

-T’barre pas comme ça, gros cul. »

Une voix, derrière nous. Une voix féminine… Mais avec de la virilité.

La fille en question s’assit à coté de Claudio ; deux hommes, plus grands qu’elle, s’assirent autour de moi. Je me tus. Encore un plan totalement hasardeux de Claudio Primslov… J’étais sincèrement désespéré pour lui. Même si je l’étais encore plus pour moi, les deux terminales puant la sueur et les boutons. Deux pauvres âmes en perdition n’ayant que leurs muscles et leurs brutalités pour se faire respecter : ils n’étaient ni beau, ni intelligents, ni drôles, ni riche ; leurs blousons de cuir et les casquettes de travers à cinquante euros n’étaient issus que de divers trafic de cannabis et autres plan plus ou moins légaux. D’ailleurs, Anthony De Sousa, l’un d’eux, puait le stupéfiant, et ses yeux étaient brillants de stupidité. Léo Chambrol se retenait de rire comme un goret devant la tête halluciné de son ami. Deux petites racailles sans espoir.

Quant à la fille, je la connaissais un peu mieux. Et pour cause : elle avait fréquenté les mêmes établissements que moi depuis la primaire. Elle m’avait toujours plus ou moins ignoré, et je l’avais vu évolué plus ou moins contre mon grès.

Pour résumer de la manière la plus simple du monde, Lisa Huan était de ses petites filles modèles légèrement timide et sans histoires qui, pour une raison ou pour une autres, décidaient brusquement de se tourner vers une forme de débauche sociale. La raison ? Totalement inconnue. A l’époque où je lui parlais encore, c’est-à-dire au primaire, elle avait tout pour réussir : sa famille, métissage culturel entre tenancier d’un restaurant chinois et professeure de français, était aimante et cultivée. Ses résultats étaient bons, voir excellents, et elle lisait beaucoup. Ses amis étaient normales, et elle avait de nombreux prétendants, d’ont mon meilleurs amis de l’époque, Jérôme Hastoy. Bref : une petite fille modèle qui avait tout pour réussir.

Et puis, une fois au collège, je la perdis de vue. Tout au plus si je la voyais, de loin, ou via Facebook : changement de style, de résultat scolaire, soirée tous les week-ends à partir de la quatrième… Sa famille semblait avoir disparu. Je ne la croisais qu’assez rarement, mon établissement étant le plus grand collège de la région, comptant pas moins de 15 classes de sixième. Je n’avais eu qu’assez peu de nouvelle depuis, et je n’y ai plus du tout prêté attention à partir de la troisième, occupé par d’autres problèmes.

Jusqu’à ce que Claudio m’en reparle.

Apparemment, il lui devait de l’argent, suite à une soirée où il lui avait acheté, dans un état d’ébriété avancé, plusieurs kilogrammes de beuh. Sans comprendre comment, il s’était retrouvé avec un bocal remplis d’herbe dans les bras, en caleçon dans une salle de bain. Claudio, dès qu’il s’agissait d’alcool, ne savais pas se contrôler, et les soirées avec lui finissaient généralement de cette manière-là. C’était très drôle. Sauf pour lui.

Et, aujourd’hui, exceptionnellement, je ne riais pas non plus, peu habitué à être impliqué.

Lisa passa son bras autour des épaules de Claudio, qui faisait de son mieux pour sourire.

« Ca alors… Lisa… Ma Вечерний друr… Comment tu…

-Claudio, j’shui pas là pour déconner avec toi. Tu m’as déjà échappé deux fois, j’en ai marre de rire. »

Lisa avait indéniablement changé : elle avait (légèrement) grandis, pris du muscle et des formes, et ses cheveux étaient devenus court, décoiffés. Un tatouage, un idéogramme chinois, arborait son épaule laissée nue par un débardeur légèrement trop grand. Son trop plein de maquillage aurait eu tendance à faire rire, si elle n’avait pas eu un couteau à cran d’arrêt pointée sur le ventre du Russe, tranquillement posée sur son mini short en jean et ses jambes croisées. Une chose n’avait pas bougé, cependant : on lisait clairement une farouche détermination dans ses iris de la même couleur que ses pupilles. Sous ses hectolitres de peintures faciales, son visage était, par contraste, toujours aussi rond et mignon, ses petits yeux de vietnamienne figés dans un rire éternel malgré l’effort fait pour l’effacer à grand renfort de Mascara. Un mélange assez malsain, voir effrayant.

« Lisa, sans déconner. Tu vas pas me…

-Percer ta grosse poche d’huile qui te sert de bide ? Si. Je te jure que si. »

Elle jonglait avec son couteau, entre ses deux petites mains d’enfant. Petite fille, je la savais très douée en cuisine comme en bricolage. Elle maitrisait parfaitement son arme, et ça se voyait.

« Écoute-moi, petit cochonnet. »

Elle fit comme un moulinet avec son couteau dans sa main gauche et, de sa main droite, elle attrapa les joues de Claudio, tournant sa tête jusqu’à ce qu’elle puisse le regarder parfaitement, pupilles en face des pupilles. Les lèvres de Claudio, en cul de poule totalement involontaire, aurait pu me faire mourir de rire si je n’avais pas eu deux gorilles à côté de moi. La scène ressemblait à un cliché de mauvais teen-movie.

« J’en ai marre de jouer. Alors soit tu me files le fric maintenant, soit tu t’en souviendras.

-Bah là, j’men souviens déjàillailleaillej'aimal !

-Tes conneries vont bien cinq secondes. Mais là, t’as déjà trop joué. Avec. Ma. Putain. De tune. »

Elle tournait sa tête dans un sens, dans l’autre, inspectant son visage.

« Pas qu’avec ta tune, d’ailleurs…

-Pardon ? »

Une lueur de malice était apparue derrière les petites lunettes de Claudio. Je connaissais ce regard ; le regard qui, généralement, signifiait le début d’embrouilles incroyablement tortueuses. C’était généralement source de rire et d’histoires à raconter ; quand, évidemment, ça ne me touchait pas directement. Lisa renforça sa prise, l’expression soudain moins sereine, ce qui modifia légèrement l’élocution de Claudio.

« Ton corps était aushi très amushant. Sh’me shui bien Развлеченный.

-Que… »

Ma main vint s’entrechoquer avec mon front : je me demandais qui de lui ou de la stupidité était arrivé le premier. Les deux gorilles, à côté de moi, étaient sidérés.

Ce fut ce court moment de faiblesse que Claudio avait attendu pour donner un grand coup de pieds dans la chaise de Lisa, sauter sur la table, puis sur Anthony.

« On se casse on se casse on se casse Бордель ! »

Juste le temps de prendre mon sac, de me désespérer de la tournure des évènements et de partir en courant.

J’entendais Lisa jurer derrière nous, et Léo nous poursuivre. Je courrais entre les rangées de table, tandis que Claudio, lui, ne se donnait pas cette peine, et marchait sur les plateaux, sous le regard abruti des deux surveillants et des agents de service. Nous foncions vers l’escalier, en montée ; dernier échappatoire à la brute qui nous suivait de près.

« Excusez-moi, pardon, Жаль, j’shui un monstre, j’vous rembourserai, pas le temps, oups pardon, salut Alizée, je fais que passer, Спасибо, pardon, tiens salut Colin, on s’vois plus tard, pardon madame, Жаль m’sieur Boudou, j’gâche votre tète à tète… »

Malgré le fait qu’il courre étonnamment vite pour un obèse court sur pate, il avait le temps de glisser un mot à chacun des malheureux propriétaires des plats dans lesquels il marchait. Ce type avait une chance de cocu pour ne pas glisser. Il y avait juste un souci : il était célibataire depuis plus de dix-sept ans. Ce qui expliqua son magnifique double axel, conséquence directe d’une glissade dans une assiette de semoule. Il atterrit directement au pied d’une magnifique jeune fille brune aux yeux bleue, auprès de laquelle il s’excusa platement avant de reprendre sa course ; de manière plus régulière, cette fois, entre les allées du réfectoire, que je n’avais jamais perçus aussi grand.

Pour ma part, Léo me collait aux fesses, renonçant vraisemblablement à attraper quelqu’un se baladant sur les tables. Au moment où Claudio repris sa course, il réussit à m’agripper le bout du sac. Claudio avait déjà atteint l’escalier, et ne s’était vraisemblablement pas rendu compte que je ne l’avais pas suivi. Je me retrouvais donc seul, face à l’armoire à glace boutonneuse au nez en forme de châtaigne et au menton scindé en deux parties distinctes ; comme des fesses, exactement. Il me souleva sans problème, tandis que les deux autres arrivaient. Les surveillants, enfin, commençaient à bouger et à crier dans tous les sens, et certains élèves se rassemblaient autour de nous, formant un cercle de jeunes surexcités à l’idée d’une bagarre.

« Toi, tu vas morphler, connard. »

Et Léo avait sans doute raison. J’étais seul, face à trois brute d’ont une armée et une autre défoncée. Un cercle compact s’était formé autour de moi. Les professeurs ne semblaient pas décider à réagir et les surveillants étaient paniqués à l’idée de gérer un tel conflit, appelant leurs supérieurs hiérarchiques. Objectivement, je n’avais strictement aucune chance de survie.

Je fermais les yeux, prêt à recevoir la pire correction de ma vie pour une histoire avec laquelle je n’avais rien à voir. Lisa se tint à côté de moi, et me regarda comme si elle était désolée de devoir en arriver là. Mais je la comprenais. La réputation, le principe. C’était stupide, mais j’allais mourir pour son business.

Je vis le couteau foncer au ralenti vers mon ventre, légèrement tremblant.
Ce n’était pas véritablement la mort à laquelle j’aspirais.

A défaut de voir ma vie défiler devant mes yeux, j’eu des tonnes de question saugrenues en l’espace de quelques secondes: une fois mort, deviendrais-je moi aussi un fantôme ? Et pourquoi il n’y en avait jamais, au réfectoire ? Et puis, pourquoi il n’y avait pas de liche ou de vengeur qui venait voir Lisa ? C’était la première fois qu’elle tuait ? Elle le regretterait ? Irait-elle en prison ? Et Claudio, s’était-il rendu compte que je n’étais pas avec lui ? Ma famille remarquerait-elle ma mort ? Et les autres enfants du 21 ? Cette dernière question était stupide : ils devaient sans doute avoir remarqués que j’avais une peur bleu de mourir, et je sentais leurs alertes et leurs paniques, dans un petit coin de mon esprit.
J’essayai de leurs envoyer un adieu, résigné.

Sauf qu’apparemment, le destin voulut que je ne rejoignis pas les macchabées ; pas tout de suite, en tout cas. C’est drôle comme, des fois, on oublie sa meilleure amie et sa capacité à bloquer une arme.

Le bras d’Alizée vint totalement stopper le coup. Lisa lâcha le couteau sur une impulsion du poignet, et valsa à l’autre bout du cercle sans que je comprenne comment. Léo me laissa tomber, sans ménagement, et tenta de donner un coup de poing vers la jeune blonde, confiant. Mais elle l’accueillit, se retournant in-extremis pour éviter son crochet et lui administrer un coup de coude dans le plexus solaire, ce qui le fit s’écrouler. Quand à Anthony, et bien, il fonça vers la blonde, et trébucha comme une loque sur moi, atterrissant sur la première de la classe qui n’eut qu’à faire un pas sur le côté pour le laisser s’écraser. Lisa se releva alors, couteau en avant, et fonça à son tour sur Alizée, mais fut retenue par nul autres que Léon, qui lui asséna un coup de pied dans la bouche sans compassions pour son visage, sans doutes assez maquillé pour couvrir n’importe quelle blessure de toute façon. D’où était-il arrivé ? Comment avait-il anticipé ? Je ne me posais aucune de ses questions. Claudio arriva après la bataille, entrant dans le cercle, s’attendant apparemment à devoir se battre.

Mais le combat était déjà terminé.

Du haut de l’escalier, plusieurs surveillants étaient arrivés, ainsi qu’un élément de taille : Monsieur Bernard Mouriel, proviseur du lycée Marie Cury, accompagné de monsieur Jean-Michel Permentade, CPE.

Bernard Mouriel était un homme que tout le monde, y compris les éléments les plus récalcitrants du lycée, respectait : du haut de son mètre quatre-vingt-treize, il regardait les élèves avec des grands yeux gris-bleues à l’expression sage. Plutôt jeune pour un proviseur, il devait avoir entre trente-cinq et quarante ans, et son crâne chauve et luisant était couvert par un long chapeau évoquant les états unis des années trente ; son long manteau et son costume-cravate assortis n’aidant en rien à étouffer cette comparaison et son célèbre surnom de « Parrain ». Sa moustache, parfaitement lissée et taillée, comparable à celle de Georges Clémenceau, était de toute façon suffisante à instaurer la légende, sa bouché étant rarement visible tant il l’ouvrait peu. Ce curieux mélange entre dignité et bonhomie était sujette à de nombreuses rumeurs de cour ; tantôt ancien soldat, tantôt ancien tueur à gage, on racontait qu’il n’avait jamais haussé la voix, et Claudio m’avait assuré qu’il offrait généralement du café aux élèves convoqués dans son bureau. Paradoxalement, il ne souriait jamais, et n’était dans son lycée qu’un jour sur deux, très amis apparemment avec le ministre de l’éducation et lui-même candidat à ce poste.

Bref, loin, très loin de notre CPE, un petit homme sec aux lunettes rondes et aux cheveux taillés en brosse, qui semblait adorer plus que tout crier ; sauf, évidemment, en présence de son supérieur hiérarchique.

Qui nous regardait.

Calmement.

Je lui rendis son regard, toujours à genoux. Ce fut comme si il avait compris toute la scène avant d’entendre une explication ; non, pire. Comme s’il avait vu tout ceci. Tout le monde se taisait. Il nous pointa du doigt ; moi, Alizée, Léon, Claudio, Lisa, Anthony et Léo. Un par un. Sans prononcer un seul mot.

« Dans mon bureau. Tout de suite. »

Il partit sans autres explications, laissant aux soins des cris de Permentade de gérer l’immense brouhaha engendré.

Je sentis une main sur mon épaule, qui me retourna brusquement. Lisa.

« Toi, tu vas payer, connard. Bientôt. »

Elle pointa ensuite du doigt Claudio. Passa son pouce sur sa gorge. Et partis, déterminée, semblant laisser son manque d’assurance de tout à l’heure et notre passée commun derrière elle.

Voilà. J’étais, pour la première fois, entraîné dans l’embrouille de quelqu’un d’autres directement. Et ce ne serais sans doutes la dernière fois.

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le Sam 30 Mar 2013 - 10:47
Ah lala comment s'attirer des ennuis. En tout cas, c'est narrativement bien foutu, surtout au niveau des liens entre les persos. Maintenant, peut être qu'il y a trop de personnages, mais en même temps ça ne serait pas réaliste sachant qu'on suit la vie et les emmerdes de quelqu'un.
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le Lun 1 Avr 2013 - 21:42
La Partie 3 est out! Beaucoup plus sobre et courte, mais au final bien plus importante que la partie 2. Je vous en dis pas plus.

3.

Sobre. C’était le meilleur mot d’ont je disposais pour décrire le bureau de Bernard Mouriel. Le papier peint était d’un gris sombre peu engageant, le sol fait d’un plancher simple, et le bureau en lui-même n’était qu’une masse de métal grisâtre, rouillé par endroit, faisant ressortir la blancheur et l’ordre des divers papiers empilés dans un rangement apparemment impeccable, bien que je n’aurais pas été fouiller pour vérifier. Derrière la chaise roulante se tenait une gigantesque fenêtre donnant sur la cour principale du lycée : un portail et une allée de platane entourée de terrain de handball goudronné, et des escaliers répartit symétriquement entre les hauts bâtiments anciens. Et, en contrejour, se tenait une petite table basse, comprenant une machine à café et un lecteur de vieille audiocassette. Et le proviseur. Impossible de distinguer son visage dans l’ombre de son chapeau ; mais j’aurais juré, sans pouvoir dire comment, que son expression n’était pas conventionnelle pour une convocation d’élève impliquée dans une bagarre de cantine. A vrai dire, il ne me regardait même pas, et avait du mal à se décider entre deux cassettes à insérer dans son poste.

Il opta finalement pour celle comprise dans sa main gauche, et la plaça dans le poste cassette.

Je me surpris à connaitre cette introduction, et à murmurer le nom de l’œuvre.



« Frédéric Chopin, Nocturne…

-Comment connaissez-vous ceci ? »

Cette prise à contrepied me surpris.

« Et bien… Comme ça…

-Par magie ?

-Non, non… J’aime bien, c’est tout… »

Il ne fit pas d’autres commentaires. Un vague geste de sa main droite m’intima de m’assoir sur une des deux chaises en osier présente. Je m’exécutais, tandis que le bruit assourdissant d’une vieille machine à café vint troubler les notes de piano.

« Souhaitez-vous une tasse de café ? Il n’est pas détestable, pour faire un grossier euphémisme.

-C’est-à-dire que… Je me sens mal à l’aise de refuser mais… Je n’aime pas le café.

-Tant pis pour vous. J’en gâcherai moins. »

Il resta quelques minutes, ainsi, devant sa machine au bruit assourdissant. Et fini par s’installer sur sa chaise roulante, une tasse représentant un pelage de vache dans la main droite ; son visage, ses yeux bleutés, ses joues rondes, son menton droit et son nez rond apparurent au grand jour. Il croisa ses jambes, rabattis son chapeau, et commença à savourer sa tasse. Je n’osais rien dire, patientant dans un mélange de peur et de curiosité. Quand il finit par prendre la parole au bout d’un temps tout bonnement incalculable, je sursautais presque.

« Benoit Sauvage… Vous êtes un élève plein de mystère et de surprise. Comme rarement cet établissement n’en a compté. »

Il me laissa le temps de digérer cette réplique, attendant vraisemblablement une réponse de ma part.

« Je ne comprends pas vraiment ou vous voulez en venir. »

Il marqua une pause, fixant le plafond, l’air perplexe. Avant de poser sa tasse et de commencer à fouiller dans un tiroir. Passant quelques secondes à chercher un dossier moyennement épais, avec mon nom écrit au stylo bic.

« Je n’aime pas avoir d’ordinateur dans mon bureau, chercha-il apparemment à se justifier ; non pas que je sois réfractaire à cette technologie, mais le charme du papier est beaucoup plus… Personnel. Et mes élèves ne sont pas des machines, vous comprenez ?

-Je pense… C’est comme si vous vouliez instaurer un lien plus physique, ou quelques chose du même ordre ?

-Dis comme ceci, cela prêterai à faire rire certains de tes camarades à l’esprit travaillé par des problèmes inhérents à l’adolescence, mais oui, c’est cette impression que je cherche. Mais assez bavassé. »

Il ouvrit le feuillet, et lista les informations au fur et à mesure qu’il tournait les pages : toute ma scolarité, du primaire à aujourd’hui, résumée en une dizaine de feuille de papier.

« Monsieur Benoit Sauvage. Né le 21 décembre 1997, seize ans donc. Les cheveux bruns, le teint très légèrement bronzé, une taille assez respectable depuis votre enfance, les yeux d’un bleu sombre assez courant. Vos parents sont tous deux fonctionnaires dans le domaine de la finance. Aucune activité physique ou culturelle notable à l’extérieur. Un élève que les professeurs ont toujours noté comme calme et sans histoire, avec une tendance à ne pas participer en cours ; des notes moyennes, dans tous les domaines, avec une légère prédisposition toutefois pour le français. S’est orientée en première scientifique pour une raison qui m’échappe encore, mis à part peut-être pour suivre ses deux amis de collège, Claudio Primslov et Alizée Geubler ; deux élèves avec qui j’ai eu bien plus d’occasion de traiter. »

Il posa le dossier.

« Vous semblez permanemment préoccupé par autres choses ; vous regardez ailleurs, lancez un ou deux sarcasmes de temps en temps pour vous faire bien voir, et ne vous impliquez, au final, dans rien. En deux ans ici, c’est la première fois que je n’ai pas besoin de vous espionner par ma fenêtre pour vous voir ; et vous ne daigniez même pas lever la tête pour me dire que vous existez. C’est comme si vous cherchez absolument à vous faire oublier. Mais ce que ce rapport ne dis pas (il tapota du bout de l’index sur le dossier), c’est que votre test de QI, passé il n’y a pas deux ans, vous donne une intelligence très développé. Bien supérieure à la moyenne. Et que vous passez une bonne partie de votre temps dans la bibliothèque de votre quartier à lire ce qui vous tombe sur la main. »

Je fus surpris. Comment connaît-il l’existence de ce test, me dis-je ? Je décidais de ne pas laisser paraître ma surprise. Garder mon calme. Lui dire la vérité.

« Ces test étaient faussés. Ils se sont trompés dans leurs calculs, ou ont inversés avec le dossier d’un autre élève. Je ne suis pas spécialement intelligent, je lis un livre de temps en temps, c’est tout. Le psychologue qui m’a fait passer ce test s’est trompé.

-Non. Il ne s’est pas trompé. Très peu d’enfant passent un test de QI a 14 ans, et vous l’avez passé suite à un accident de la route s’étant avéré bénin, dans un cadre très particulier. Le test a été corrigé par plusieurs personnes différentes, c’est comme ça que ça fonctionne dans un cas ou vous auriez pu avoir des séquelles à vie. L’erreur n’a pas pu être de cinquante points.

-Un QI de cent cinquante est totalement irréaliste pour quelqu’un comme moi. Vous savez aussi bien que moi qu’ils se sont trompés dans ce test. Et puis ce n’est même pas le sujet de cette conversation, à la base. Alors… Que cherchez-vous à savoir ?»

Il se leva. Marcha vers la fenêtre. Regarda quelques choses, au loin.

« Vous cachez quelques chose, monsieur Sauvage. Ou plutôt, vous cherchez à endormir quelques chose, à vous renier. Parce que vous avez un défaut : votre manque de confiance en vous évident. Ce qui, dans le cadre d’une poursuite d’étude, pourrait s’avérer être un handicap assez pesant.

-Je ne compte pas faire de longues études. Je veux juste avoir le temps de vivre. Perdre mon temps dans des livres de médecine, c’est quelque chose qui me fait vomir rien que d’y penser. »

Il garda le silence quelques instants. Semblant perdu dans ses pensées. Je tremblais. De rage. Cette histoire, j’avais cherché à l’oublier. Ce jour-là, et tout ce qui s’y rapprochait. Je ne voulais pas entendre parler de ce test. De cet accident.

Ce proviseur le savait. Et il ne cherchait qu’une seule chose. Me faire craquer. Me faire révéler quelques choses que je n’avais pas envie de révéler. Et me faire passer pour un fou. Et je n’avais plus le temps de faire passer ses caprices de diva avant Indigo et Sylvie. Et surtout cette petite fille.

« Je suis sincèrement désolé, monsieur, mais… J’ai rendez-vous urgent dans moins d’une demi-heure, alors…

-Ho, oui, bien sûr. Vous êtes libre de partir. »

Il semblait perdu dans ses réflexions.

« Et… Pour tout à l’heure…

-Ça ? Je ne pense pas que vous soyez impliqué dans cette sombre affaire de trafic de drogue. »

Un simple prétexte pour me cuisiner.

Je pris mon manteau.

Sortis.

Sans même un au revoir, oubliant ma politesse dans le souvenir et la haine.

Un QI de 150… Qu’est-ce qu’il ne fallait pas entendre…

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Fondateur
le Jeu 4 Avr 2013 - 21:03
Tiens, un QI de 150, ça me fait penser à la petite discussion qu'on a eu avec Julien xD. Bon dommage que le chapitre ne se déroule que dans le même cadre, j'aurai aimé une chute accrochant pour introduire le prochain chapitre. Bon courage pour la suite !
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le Sam 13 Avr 2013 - 14:41
Pas de commentaires sur ces parties, parce que je préfère rien dire. Wala.
Ah, et j'ai mis des musiques de fond, vous me direz ce que vous en pensez.

4.

Je ne fis même pas un signe de tête aux autres qui attendaient leurs tours dans le couloir, précipité par des émotions et des réflexions contradictoire. Comment avait-il trouvé des traces de ce test ? Je l’avais pourtant brulé. Même mes parents ne parlaient jamais de ces événements. Nous nous contentions d’ignorer le passé, et de penser à l’avenir. Alors comment savait-il ? Il avait soudoyé une personne de l’hôpital ? Non. Impossible. S’aurait été le renvoi assuré pour lui comme pour ledit personnel. Il n’y avait que trois personnes, outre ma famille, qui soit au courant de ce test et de ces événements. Claudio était trop franc et droit pour en parler à qui que ce soit et, même dans un état avancé d’ébriété, il tenait sa langue. Alizée ? Non. Pas elle.

Alors… Il ne restait que lui.

Je me mis à marcher vite. A courir. La sonnerie retentit. Je devais le voir, de toute façon. Mais il allait comprendre. Il allait souffrir. Cette fois, je ne me retiendrais pas.

Je sentis la rage monter.

Bâtiment B, deuxième étage.

Mes poing se serrer.

Salle B208.

Une boule, dans mon ventre se former.

Les élèves de ma classe sortant de la salle. Lui, entouré de pisseuse sans gouts et sans amour pour quoi que ce soit d’autres que le plaisir de la chair.

Mon poing.

Sa figure.

Mon cri, que je n’entendis pas.

Sa main, bloquant mon attaque surprise, inexplicablement.

Mon corps se calmant, petit à petit.

« Un problème ? »

Léon disait ça en souriant, une sucette dans la bouche. Je haletais. J’avais couru. Sans m’en rendre compte, j’avais transpiré. J’étais épuisé, sans comprendre pourquoi. J’entendais les murmures de cette masse grouillante d’ignorants : « C’est qui ce mec ? » « P’tain mais c’est Benoit, il a pété un plomb ou quoi ? » « Il est con ou il le fait exprès ? » « Mais il est trop fort Léon en fait, j’l’avais pas vu arriver… ».

Et lui, qui sortait crachait négligemment son bâtonnet de sucette vide, tout en sortant un Mikado de sa poche, l’air de rien, son air complaisant m’épuisant d’avantage.

« Benoit, tu pourrais m’expliquer ce qu’il se passe ? Je peux difficilement lire dans tes pensées…

-Viens dehors. T’as cinq minutes.

-C’est-à-dire que j’ai cours… (Des rires)

-Ferme ta gueule et viens dehors, maintenant ! »

J’avais hurlé ces derniers mots, sans m’en rendre compte. Pour ce qui était de la discrétion au sein de ma classe, c’était définitivement en miette. Mais je n’en avais plus rien à faire. Je n’étais pas forcément en état de réfléchir. Comment avait-il pu ? Comment avait-il osé cracher sur Jérome ainsi ? Comment ?

Nous atteignions le portail. J’avais rendez-vous, à 14h30, avec les enfants du 21. Mais je n’y pensais pas. Ils auraient dû m’attendre de toute façon. Et Indigo était toujours en retard d’au moins dix minutes. Je regardais l’heure sur mon portable. 14h24. Ça me laissais le temps de m’expliquer avec ce salopard de premier ordre.

Ce que nous aurions dû faire depuis plusieurs années.

« Alors. Tu m’expliques, Benoit ? Tout à l’heure, tu avais l’air de vouloir reprendre contact et…

-Et j’ai été chez le proviseur, entre temps. Toi aussi, tu étais convoqué. Juste quelques minutes avant moi. »

Il ne sembla pas comprendre.

« Ce qui fait que… ?

-Ne joue pas à l’abruti. Je ne suis pas d’humeur. »

Nos regards se croisèrent.

Je frissonnai.

Je me faisais peur, à vrai dire : jamais je ne m’étais comporté aussi violemment avec quelqu’un. Léon me regardait, légèrement béat. Son regard placide avait laissé place à une sorte de… De dégoût. Comme si il me trouvait pitoyable. Et, il est vrai, j’étais pitoyable. Un pitoyable petit caniche qui aboyait sur quelqu’un qui, vraisemblablement, ne mentais pas.

« Je n’ai jamais parlé de ça à quiconque. Tu le sais très bien. »

Pas de réaction de ma part. Mon attention avait été distraite par une sorte de signal. Nous n’étions plus seuls devant le lycée. Il continua, soudain plus compréhensif.

« Ecoute, Ben, je… Je sais pas trop pourquoi tu me parles plus. C’est peut-être à cause de cette histoire avec Alizée mais… Je pense honnêtement que ça vient de…

-Tu lui ne lui en as pas parlé, donc... »

Mais où se trouvaient-ils ?

« Mais puisque je te dis que non ! J’ai beaucoup de défaut, mais je ne suis pas un menteur. »

Cette dernière phrase, il l’avait dite avec un sourire. Un sourire qu’il n’avait pas arboré depuis longtemps. Depuis que mon amitié pour lui avait disparu. Depuis qu’il avait perdu cette sincérité que j’admirais, plus jeune. Alors, vérité, ou pure manipulation ? Je ne savais pas. Je ne savais plus.

Et de toute façon, je n’eus pas le temps de me poser la question.

Une main se plaqua brutalement contre le visage de Léon. Une petite main assez ronde, aux ongles vernis de noir, avec une bague au majeur (étrange détail) arborant un rubis sur du métal incrustés de motifs évoquant les maoris. Léon n’eut même pas le temps de se débattre qu’il tomba en arrière.

« Salut, brother. »

Assis sur le banc, Indigo souriait, croisant les jambes comme s’il attendait depuis plusieurs minutes au même endroit. Leurs discrétions me sidéraient. Ou s’étaient-ils cachés ? Sans doute derrière le grillage, dans les haies fleuries bordant le lycée. Ce dernier n’était pas trop difficile à grimper, même pour un physique ingrat comme celui de Claudio (le nombre de fois qu’il avait enjambé la grille pour s’éviter quelques minutes de retard supplémentaire est tout bonnement stupéfiant). Mais j’étais quand même surpris de leurs aisances.

Indigo sortit de son jean troué un sachet de tabac et commença à rouler sa cigarette, totalement indifféremment de ce qui l’entourait. Pour ma part, je commençais à saisir à quel point la situation était atypique.

« Le chloroforme. La meilleure invention de l’homme.

-Tu fais ce genre de choses souvent, Sylvie ? »

Elle déposa délicatement le corps par terre. Elle portait cette fois un tee-shirt Iron Maiden avec comme effigie la mascotte du groupe, Eddie. Maquillée, elle ressemblait d’avantage à une certaine forme de métal-addict fouinant du côté de la vague gothique : ses lèvres étaient noires, et ses yeux entourés, voir tartinés de maquillage sombre. Elle avait une frange, lissée pour l’occasion, ne laissant ainsi apparaitre qu’un seul de ses yeux.

« Je ne compte plus. »

Sa réponse, brève et froide, me fit frissonner.

« Bah, rit Indigo, au moins, mon gars, tu n’auras pas à le supporter d’avantage. T’avais l’air énervé, tu vois ?

-Oui mais il n’était pas nécessaire de l’anesthésier ! Et encore moins devant mon lycée ! »

Une vieille dame qui promenait son chihuahua changea de trottoir. Un homme court sur patte nous regarda de travers en passant devant nous. Il n’y avait pas des masses de monde cette après-midi-là, court de la Marne ; mais suffisamment pour que quelqu’un d’un peu trop curieux s’attarde sur un lycéen dormant à même le sol devant son portail.
Sylvie me montra le coton imbibé de produit anesthésiant.

« Il ne va pas appeler à l’aide : il n’aura pas la force de bouger pendant plusieurs heures avec la dose que je lui ai envoyé.

-Ce n’est pas ça le nœud du problème ! Où va-t-on le mettre en attendant la fermeture du magasin ?

- Je m’en occupe, mon gars, t’inquiètes pas, renchérit Indigo ; Je vais l’entreposer chez moi en attendant ce soir, tu vois ? Keep cool. »

Il le trimbala sur son épaule, l’air de rien, comme un tas de pomme de terre (sa force m’impressionnait toujours autant malgré sa petite taille), et parti à une vitesse impressionnante en skate. Il traversa le court, sans se soucier du 4x4 qui failli lui rouler dessus. Son propriétaire klaxonna vivement en poussant des jurons, qu’il ignora tout simplement, ses écouteurs sur les oreilles.

Un vent frais passa sur le trottoir, me faisant frissonner. Je détestais l’hiver. Nous nous assîmes sur le banc. J’échangeai un regard avec Sylvie.

« Comment tu fais, en tee-shirt ?

-J’attrape des rhumes. »

Elle laissa quelques secondes de délais avant d’illustrer ses propos par un éternuement, vainement camouflé par un bouchage de nez express. Le bruit sourd qui suivi me fit sourire. Frêle comme elle était, ce n’étais pas étonnant qu’elle soit sensible au froid.

« Tu as l’air anxieux, Benoit. Quel est le souci ?

-Je t’ai demandé d’arrêter de lire dans mes pensées.

-Pardon. C’était tentant. Il faut dire que tu fais tout pour te faire regarder. Tu te ronges les ongles depuis tout à l’heure, et tu penses totalement
à autres choses. Rien que d’êtres à coté de toi me donne des pellicules. »

Soupir. Un autre regard échangé. Silence de ma part.

« T’as pas envie d’en parler, c’est ça ? »

Acquiescement.

« Ok. »

Silence encore. Gène. Je trouvai qu’Indigo prenait son temps.

« Si t’as un souci…

-Ouais. C’est rien, t’inquiètes.

-Ok. »

Silence encore. Je posai quelques secondes mon regard sur elle. Elle semblait regarder attentivement une liche, qui elle-même regardait avec attention un platane. Elle avait les mains dans les poches, agitant ses épaules pour se réchauffer. Je ne savais pas trop quoi dire. Ni quoi faire. Devais-je lui donner mon manteau ? Ou bien elle n’appréciera pas ? La réchauffer, oui, mais comment ? Je n’appréciais pas trop de la voir avoir froid, mais je ne pouvais rien faire pour…

« Prête-moi ton manteau.

-Pardon ?

-J’ai froid. Prête-moi un truc. »

Je ne savais pas si elle l’avait fait exprès, mais elle avait tranché la question. Je le lui donnai. Elle l’enfila. Se releva.

« Bon. J’ai envie d’une glace. On bouge ?

- On n’attend pas Indigo ?

-Il avait cas se dépêcher. Il a dû croiser quelqu’un en route, et discuter avec lui pendant des heures. Je le connais. Allez, debout. »

Je m’exécutai.


« Mais… Une glace, en plein hiver ? T’es sure ?

-Ya pas de temps pour une glace.

-Tu t’entendrais bien avec Claudio.

-Peut-être. Il est comment ?

-Il aime le rock et les glaces.

-Ah. Alors ça va, on devrait bien s’entendre. »

5.

Le reste de l’après-midi passa vite. Nous avions retrouvé Indigo vers 15h, puis avions attendu la fermeture de la Fnac, à 19h. Nous étions ensuite passés chercher le corps de Léon chez Indigo, et nous avions foncé.

Les bâtiments de la rue sainte Catherine était grands et, les commerces partageant les mêmes murs porteurs, il était difficile de discerner ou commençait et ou s’arrêtait le magasin. Pour pallier à ça, nous avions balisé plus ou moins l’endroit, la veille ; évidemment, nous ne pouvions pas passer simplement par la porte de devant, le système de sécurité y étant trop présent. Par derrière ? Trop risqué, le garde de nuit risquait de nous repérer. Il fallait donc grimper. Et trouver une voie d’escalade sur ses murs lisse, ce n’était pas forcément une partie de plaisir.

Heureusement, Indigo s’était procuré, par on ne sait quels moyens, un matériel d’escalade de pointe. Des piquets, des crochetons, des cordes, des baudriers, et des collants.

« Pourquoi tu nous donne des collants ? Ce n’est pas utile en escalade, il me semble…

-Ah non, ma sœur, t’y es pas du tout. Ça, c’est parce qu’on va entrer dans un magasin en mode illégal, tu vois ? Ça se met sur ta tête.

-Hum… J’y avais pas pensé. Mais ce serais pas plus simple de faire faire un faux mandat par mon père ?

-Bah… On l’a déjà assez emmerdé avec nos histoires, tu crois pas ? »

Elle avait approuvé. Je me disais que si nous nous faisions attraper à entrer par effraction dans le magasin, nous le dérangerions deux fois plus. Mais je ne fis aucune remarque.

Nous nous retrouvions donc à 22h30, ce soir-là, derrière la Fnac affichant ses pimpantes promotions de noël, en train de grimper au mur, trainant Léon, qui commençait à se réveiller. J’avais l’impression d’être un cambrioleur de grand chemin. C’était dangereux, stupide, illégal et, en plus, c’était moi qui trainait le pauvre Léon, balloté dans un duvet attaché par une corde, que j’espérais solide. Je trainais les pieds, pas vraiment certains de pouvoir monter plus haut.

« Pense à la petite.»

Sylvie savait redonner du courage aux gens.

Au bout d’un long moment d’ascension, j’arrivai en haut, épuisé. Pourtant, je n’étais pas au bout de mes peines. Et les deux autres semblaient tout à fait en forme. Ils m’aidèrent à tirer Léon vers le haut.

« Quand il se réveillera, celui-là, fit remarquer Sylvie, il ne sera pas de bonne humeur.

-Il verra surtout une petite fille de huit ans à moitié à poil le pointer du doigt et marcher vers lui comme un zombie. Ça, mon gars, on s’en remet rarement ! (Ce n’étais pas spécialement drôle, mais il pouffa).

- S’il s’agit bien d’une dame blanche. On n’est pas sûr qu’Arielle soit ce qu’on suppose.

- Que veux-tu que ce soit d’autres, Sister ? Pis depuis quand la gosse a un nom ?

-Depuis le départ. C’est juste que tu n’as même pas pris la peine de t’y intéresser.

-Bah, moi, les enfants ont peur de ma classe internationale, généralement. La com, c’est ton boulot. »

Pour ma part, je regardais, depuis le toit, les lumières de la ville, et les cieux plein de morts s’envoler vers une lumière mystique. Leurs chamailleries amicales m’intéressaient peu. Je préférais garder mes forces pour d’autres prouesses.

La trappe, sur le toit, fut facile à ouvrir : un bon coup de pied, et ce fut fini. Bizarrement, Indigo ne fit aucun bruit dans le processus.
Nous étions à l’intérieur. Et Arielle nous attendait.

Cette petite fille était brune, aux yeux bleus clairs. Sa peau était d’une pâleur monstrueuse. Habillé d’un simple tee-shirt « hello kitty », heureusement trop grand pour elle, son regard était effroyablement triste. Deux pointes grillées dans sa nuque attestaient de sa mortelle blessure. Si Dame Blanche elle était, il nous suffirait de retrouver le vigile, et de lui présenter. A ce moment-là, elle déciderait seule de le pardonner, ou de le suivre jusqu’à sa mort…

Mais pour l’heure, rien n’indiquait que je ne m’étais pas trompé.

Elle semblait contente de nous voir, et sautillait sur place. Je déposais, enfin, Léon sur le sol. Indigo se cogna contre quelques choses, et poussa un juron. Sylvie lui intima de se taire.

Silence.

« Bon, décida Sylvie. On dirait que le vigile n’est pas là.

-Je l’ai vu tout à l’heure, poussa Arielle. Il s’était endormi à l’accueil.

-Comme ça, au moins, nous avons la paix. Ça va ? »

Elle secoua vivement la tête.

« D’accord. On t’a amené quelqu’un qui… Pourra peut-être t’aider. »

Elle fit un signe à Indigo, qui ouvrit le sac. Léon semblait bien y dormir, même si son visage frémissait de temps en temps. Il était 23h : son sommeil était plus long que prévu. Je commençais à m’inquiéter pour lui. Arielle le regarda.

« C’est qui ? »

Ses grands yeux fixèrent Léon, puis Sylvie.

« C’est… Tu ne ressens rien ?

-Pourquoi, je devrais ?

-C’est que… »

Indigo commençait à me regarder avec de grands yeux et un pincement de lèvres ; ses tics nerveux s’accentuèrent. Les faits étaient là. C’était un échec. Qu’est ce qui avait bien pus nous tromper ? Arielle n’était donc pas une dame blanche ? Ou bien…

Non. Sur Léon, je n’avais pas pu me fourvoyer.

« Ce n’est pas grave, Arielle (Sylvie lui caressait la joue, gentiment). On réessayera demain avec un autre.

-Demain ?

-Oui, demain.

-Il n’y aura pas de résultat demain. Pas plus qu’il n’y en aura dans deux jours. Dans dix jours. Qui que vous ameniez… Ce macchabé aura la même réaction. »

Je regardais Indigo, surpris. Je n’avais rien dis. Lui non plus. Pourtant, il s’agissait bien d’une voix d’homme.

Une voix que je ne reconnus qu’au bout de plusieurs secondes.



Derrière nous se tenait Léon. Debout. A quel moment s’était-il levé ? Je ne l’avais pas entendu. Adossé à un rayonnage de livres, il jouait avec ce qui semblait être un mikado, le faisant tourner entre ses doigts. Des doigts fins. Trop fins.

« Léon… Je…

-Tu n’as pas à me fournir d’explication, Benoit. J’ai compris. Tu as voulu m’emmener ici, pensant que cette gosse était une dame blanche, et tu m’as attiré dans ce piège, pensant que je ne pourrais pas vous suivre. »

Je ne pus répondre tout de suite. Ses yeux étaient cachés par ses cheveux. Quelque chose me troublait dans son attitude. Au-delà du fait qu’il savait tout ça… Il n’était pourtant pas né le 21 décembre. Quelque chose clochait.

« Tu… La vois ?

-Non. Pas précisément. Je l’entends vaguement. Je ressens sa présence. Mais je ne la distingue pas clairement. En revanche, tu m’avais caché que toi, tu en étais capable. Mais bon… Je l’ai deviné tout seul. »

De derrière son dos, il sortit lentement une chemise cartonnée. Une simple chemise rouge. Une chemise que je reconnu.

« La NCF…

-Qu’est ce qu’il fou avec ça ? Intervint Indigo.

-Je l’ai subtilisé discrètement. »

Il l’ouvrit, et commença à lire les divers dossier et feuilles. L’air était différent. Moi et les deux autres, nous avions du mal à respirer. Il n’était pas normal. C’était certains. Au-delà d’un simple lien avec le paranormal comme d’autres pourraient le développer, comme le père de Sylvie, il émanait de lui une aura différente.

Une aura meurtrière.

« C’est du beau travail, Ben, reprit-il. Tu as repris ton projet de faire un livre là-dessus…

-Comment tu es au courant de ça…

-Alizée m’avait vaguement parlé de tes pulsions d’écrivain, à l’époque. Elle n’avait pas parlé de ton pouvoir plus qu’atypique… Mais je suppose que si tu appelles ça « Nouvelle classification des Fantômes », c’est qu’il doit bien y avoir une ancienne… Peu importe. »

Il laissa tomber la chemise sans ménagement, ne nous regardant toujours pas sous ses cheveux.

« Ce que j’apprécie moins, continua-t-il, c’est que… Tu me considère comme un menteur. Un trompeur. Un infidèle. C’est sans doutes due à ce que t’as raconté Alizée, combiné à… Ces deux choses qui me tournent autour sans arrêt, sans que je puisse savoir quoi. Mais je ne suis pas infidèle. Je n’ai jamais trompé personne.

-Te fou pas de moi ! »

Il s’arrêta. C’était sorti tout seul. Par réflexe.

« Elle t’a quitté pour une raison, connard ! Elle était enceinte, et tu le savais ! T’es allé voir ailleurs, pour fuir. Pour la fuir. Parce que tu avais peur…

-Ne parle pas de ce que tu ne connais pas. »

Sa voix avait un ton cassant. Mais ce qui me fit me taire brutalement, ce ne fut pas sa voix. Ce fut surtout ses deux yeux s’étant levés vers moi.

Deux orbes couleurs de sang.



« Ho merde, non, mon gars, c’est pas bon du tout, ça… Gémit Indigo.

-Qui te dis (Léon était en colère, cette fois) que cette garce ne t’as pas menti ? Qui te dis qu’elle ne s’est pas donné le beau rôle, te manipulant comme son petit chien ! Parce que c’est au final ce que tu es. Et rien de plus. Son sale clébard !

-Ferme ta putain de gueule de vicelard ! Je ne permettrai pas de te foutre d’elle comme ça !

-Et c’est ta force d’humain minable qui va m’en empêcher ? »

Il sourit. Un rictus. Une moquerie. Je tremblais, sans comprendre pourquoi. Mais je le regardais, en face. Je sentis alors la main de Sylvie, sur mon épaule.

« Benoit. On doit partir. Tu règleras ça…

-Quand il fera jour ? »

Le ton monocorde qui le caractérisait avait tout bonnement disparu. Ce n’étais plus du tout le Léon que je connaissais.

« C’est de cette fille d’ont tu me parlais, Benoit ? Au moins, tu ne m’as pas menti sur un point. »

Il avait disparu. Sa voix venait de derrière moi.

« Sylvie ! Gaffe ! »

Mais Indigo avait réagi trop tard.

Sylvie se retrouva, en moins de temps qu’il ne fallut pour le dire, dans les bras d’un Léon au faciès dément. Un Léon qui lui planta littéralement ses dents dans sa gorge, avant de se prendre un coup de pied magistral de la part d’Indigo. Elle tomba, mais je pus la rattraper avant qu’elle ne se fasse mal. Elle était pale et froide. Et tremblait.

Le sourire de Léon, carnassier, arborait deux magnifiques canines imbibées d’un liquide rougeâtre.

« Putain, mais c’est pas vrai…

-J’ai le droit de ne pas dire toute la vérité, puisque tu me cache des choses, Benoit. Je suis, moi aussi, lié à l’Autre monde. Le monde de
l’invisible. Après tout, c’est avec un démon que j’ai fait un pacte, ni plus ni moins. Un démon de luxure, pour être plus exact. »

Son rire était sourd. Il semblait avoir du mal à se contrôler. Ses muscles étaient tendus, et il faisait du sur place avec ses jambes.

« T’es quand même pas…

-Si. Le jour, je ne suis qu’un être humain. Mais la nuit… Je suis un vampire, tout ce qu’il y a de plus authentique.

-Benoit ! Barre-toi vite d’ici ! Je vais le retenir ! »

Sur ces mots, Léon sauta littéralement sur Indigo.

La suite directe, je ne m’en souviens que vaguement. Je sais que j’ai couru vers l’escalier de service. Que j’ai trébuché, à un moment. Que j’ai vu le vigile se réveiller, et monter voir ce qu’il se passait. Qu’Arielle ne nous suivait pas, et que je portais sur l’épaule une Sylvie qui reprenait petit à petit de ses forces. Et que nous nous sommes cachés derrière les escalators centraux, derrière le comptoir du service après-vente.
Ma respiration, mon cœur, mon flux sanguin, ma réflexion… Tout était trop rapide. Beaucoup trop rapide. Je ne reprenais plus pied. Un Vampire. L’un de mes anciens amis, le type que je ne pouvais pas voir en peinture, l’ex petit ami d’Alizée, le coureur de jupon international, était un Vampire. Rien de moins. Et pas un Vampire comme ceux de Stéphanie Meyer, non… Un Vampire devenant fou à la nuit tombée, qui perdait ses forces le jour, qui se déplaçait de manière surhumaine, et qui n’aimait pas l’ail. Léon avait toujours détesté l’ail. Et n’avait jamais voulu que je reste très longtemps chez lui. Ses réflexes incroyables, son air endormis, son absence de blessure lors de l’accident qui avait failli me couter la vie, son besoin constant d’apport d’énergie traduit par ses ingestions régulières de sucre… Tout concordait. Tout.

C’était trop incroyable et trop vraisemblable à la fois pour être vrai.

Je ne comprenais en revanche toujours pas ce qu’il voulait dire par « faire un pacte avec un démon de luxure ». Il existait donc des démons. Les autres ne m’en avaient jamais parlés… Ni de cet « Autre monde ». Mais je ne cherchai pas trop.

Je ne saisissais rien.

Plus rien.

« Appelle… »

Sylvie. Elle ne tenait pas assise, et s’appuyais contre mon épaule, tandis que je faisais de mon mieux pour la soutenir. Je me demandais combien de litre lui avait absorbé Léon. Elle tremblait, mais fouillait dans sa poche.

« Dans mes contact… A Chasseur de démon… Appelle-le… »

Elle cherchait son portable. Mais avait du mal à bouger. Je lui pris la main.

« Repose-toi. Je vais le… Ok. »

Incapable de parler correctement, je glissais ma main dans sa poche. Fouillais. Son portefeuille.

« Ses clés… »

Voilà, son portable. Je le sortis. Le fit tomber. Le repris.

« Ses contacts… »

Il ne réagissait pas. Putain de tactile.

Ok. A « C » comme chasseur…

J’entendis un cri derrière moi. Et le vigile de tout à l’heure passa à côté de moi. S’installa. Je ne lui prêtais pas attention ; il tremblait comme une feuille.

« Chasseur… Chasseur… »

Voilà. Chasseur de démon.

J’appelais.

Un bip. Deux bips. Quatre bip. Répondeur.

« Heeeeeey g’os, vous êtes su’ le ‘épondeu’ de Edmund Dale Fo’est B’ooks…Vas-y Indigo, casse-toi, Fils de pute !... Ouais, laissez-moi un message ap’ès le bip sono’e ! J’vous ‘appelle, p’omis ! »

Edmund. Evidemment.

J’eu du mal à parler au départ. Je ne trouvais pas les mots. Mais je repris mon souffle. Prononça les premiers mots.

« Edmund… Yah urgence… C’est Benoit… Je ne sais pas ce que tu fais, ni si t’es vraiment un chasseur de… De démon. »

Je déglutis. Je ne pensais jamais dire quelque chose comme ça un jour.

« Mais… On est à la Fnac avec Sylvie, Indigo et un civil… Et un Vampire nous… Enfin… Dépêche-toi ! »

Je décrochais, et laissait tomber le téléphone. Sylvie était inconsciente. Je n’avais plus la force de bouger. Un énorme civil apeuré me regardait avec des yeux plein d’incompréhension.

« Vous… Ce… C’est…

-On est des chasseurs de fantomes, et un Vampire nous a attaqués…

-… Ok, d’accord.... J’vous crois (il semblait totalement ailleurs, paniqué)… Vous venez pour Lilian ? »

Je mis quelques secondes à comprendre.

« Lilian ?

-Il s’est… Suicidé, il y a un mois… Juste après qu’une gamine se soit fait...

-Violé ? »

Ce n’était pas ma voix. Ni celle de Sylvie.

Le corps d’Indigo fut jeté contre le mur d’en face. Il poussa un gémissement.

« Merci de m’avoir permis de te suivre, Vigile… Hum… (il lut son prénom sur sa carte) Jonathan. Je l’ai laissé en vie. Je me gorgerai de son sang
quand je vous aurais tous empêché de me nuire, et quand... J’aurai pris celui de cette fille. »

Je ne pouvais plus bouger. Je n’osai pas regarder derrière moi.

Une main, froide, se posa sur mon épaule.

« J’aurai aimé qu’on s’entende. Je te considérais comme un ami… Mais tu t’es légèrement foutu de moi… Et tu sais, pas que j’ai quelques chose contre toi… Mais j’ai besoin de sang. Et, étrangement, le sang des filles vierges me revigore bien mieux… Alors… Tu m’excuseras, mais je prends la fille… »

Délicatement, il tenta de retirer mon bras de son épaule.

Un réflexe de mon bras le repoussa violemment.



Je le regardais, bien en face.

Je ne savais absolument pas ce que je faisais. Tout ce que je savais, c’est que j’avais peur. Très peur. Mais que ça me poussais à la défendre, elle qui ne pouvait pas réagir.

Il regarda sa main, que je venais de frapper.

Me lança un regard qui me fit froid dans le dos. Un regard on ne peut plus calme.

Se releva.

« Je vois. »

Sa voix était détendue.

« Tu es vraiment amoureux d’elle, alors…

-Non. »

Mes lèvres s’agitaient toutes seules, tandis que je me relevais, entre Sylvie et Léon.

« C’est plus fort que ça. Parce qu’il s’agit de ma sœur, et que nous sommes les enfants de l’équinoxe d’hiver. Je ne te laisserai pas lui faire quoi que ce soit. »

Je n’arrivais même pas à comprendre le sens de ce que je disais. Comme si mon corps était séparé de mon esprit. Je regardais Léon. Droit dans les yeux. Front contre front.

« Hum. »

Je ne vis pas son poing partir vers mon estomac. Mais quelques secondes plus tard, je rejoignais Indigo, avec une douleur abdominale aigue.

« Franchement, ça me fait mal de te blesser. Mais son sang m’attire, je n’y peux rien. Alors… »

Il fut coupé net par un énorme coup de poing. Dans son visage. Le vigile. Je l’avais presque oublié.

Le garde lui enchaîna plusieurs coups similaires, avant de lui mettre une balayette, qui le fit directement tomber au sol. Il le bloqua alors, ses deux pieds sur ses mains. Son tazzer entre ses deux yeux.

« Ne bouge pas, p’tit con. T’es p’tètre un Vampire ou ‘chez pas quoi, mais tu restes un vandale, dans MON magasin. Et des loulou comme toi j’en ai maîtrisé plein, alors, tu te calmes mainten… »

Le Vigile fut comme éjecté. Directement contre l’escalator. Léon n’avait pas bougé, mais de la brume violacée formait comme une sorte de serpent autour de son corps. Je n’avais jamais vu ça, et quelques chose me dis que rare étaient ceux qui assistaient à un spectacle aussi beau et effrayant à la fois, et qui en ressortait vivants.

Quand il se releva, se fut droit comme un i, sans même bouger un membre. Il enleva ses lunettes, cassées. Les écrasa sous sa semelle. Sourit.

Je fermai les yeux, incapable de voir notre mort en face. J’entendis ses pas, venir vers Sylvie.

Sentis une larme couler sur ma joue ; une larme de honte, mais aussi de peur.

Entendis son rire dément résonner dans les rayonnages du magasin de multimédia.

« Vous êtes tous plus pitoyables les uns que les autres… S’en est navrant.

-Et moi, je suis pitoyable peut-êt’e ???»

J’ouvris les yeux.



Je n’avais pas vraiment compris d’où il arrivait. Mais son uppercut inversé, directement sur l’arrière du crâne, Léon le pris de plein fouet, et s’écrasa face contre le sol.

« J’ai ‘eçus ton message, g’os. Désolé, j’étais en soi’ée. Pa’ cont’e, j’ai pas pu empêcher Alizée de veni’. Elle a entendu le message, et elle a’’ive pa’ le haut. »

Edmund souriait, mais quelques choses avaient changé dans ses yeux. Une expression plus déterminée. Différente. Il se mit en position de combat. Une garde de boxe.

Léon se releva, comme tout à l’heure. La brume autour de lui se déplaçait tels des vagues frémissantes. Son sourire était toujours présent, mais du sang coulait de son arcane sourcilier gauche.

« Salut, Edmund. Cela faisait longtemps que nous ne nous étions pas rencontré…

-Ouaip. Pe’so, je me passe’ai bien de te combatt’e pou’ la deuxième fois, mais là, c’est mes potes que t’attaques, et dans un lieu public en plus.

-Hum. Tu ne passes pas dans l’autre monde, cette fois ci ? »

Le sourire de l’afro-américain se fit plus large. Il se craqua le cou.

« Pas besoin de ça pou’ te fout’e la pâté, cette fois. J’m’ent’aine bien tu sais.

-Hum. Excuse-moi de ne pas être convaincu.

-C’est mes coup dans ta face qui vont te convainc’e, Vampi’e de me’de. Alo’s ’amène toi ! »

Il lui fonça dessus, sur ses derniers mots.

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le Dim 14 Avr 2013 - 10:49
J'ai vraiment adoré le second chapitre, heureusement que tu l'as publié, le premier était plus mou, avec moins d'intérêt. L'ajout de la musique est non négligeable, j'avais fais la même reflexion à Rec, c'est beaucoup plus agréable à le lecture d'être plongé dans l'ambiance, et on ressent bien le stress de la situation avec la scène du téléphone.

Il était temps que ça tourne ainsi. J'espère que tu mèneras cette histoire jusqu'à sa fin !
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Scott Tenorman a écrit:

Scott Tenorman
V.I.P.
le Jeu 25 Avr 2013 - 10:52
Pas de risques là dessus mon chou. La fin de l'acte 2 est disponible.

Je vous préviens, vous en avez facilement pour trois quart d'heure de lecture cette fois.



6.



Le combat dura à peine quelques minutes sous cette forme-là. Comme une danse de ballet que les deux adversaires connaissaient par cœur, à base d’esquive millimétrées et de coup violents qui ne touchaient que l’air. Les deux jeunes hommes se connaissaient déjà, et c’est comme s’ils
évitaient de se toucher. Ils avaient peur, respectivement, de leurs adversaires, et des dégâts qu’il pouvait provoquer.

Au fur et à mesure que les minutes passaient, le jeu de jambe d’Edmund se fit plus envolé, plus fluide, tandis que Léon se courbait et tendais à devenir bien plus animal, jusqu’à, au final, atteindre une position évoquant celle d’un loup ou d’un chat. C’était surréaliste. L’un comme l’autre
devenaient trop rapide pour que je comprenne correctement ce qu’il se passait.

Finalement, ils s’arrêtèrent tous deux dans une position de garde, essoufflés. Edmund souriait.

« Bah voilà, on a le même niveau maintenant ! J’peux te dé’ouiller la gueule !

-Ne sois pas si présomptueux… Je ne fais que m’échauffer…

-A’’ête de pa’ler.

-Comme tu voudras. Brooks. »

Il lança ce dernier mot comme une insulte.

Bizarrement, Léon fit un bond en arrière. Un bond qui l’amena jusqu’au plafond ou s’était précédemment encastré le vigile. Il s’y accrocha à la simple force de… De je ne savais quoi. Comme une chauve-souris, il semblait simplement marcher à l’envers. Il était à quatre pattes, les membres comme recourbés, ventre à ce qui lui servait de « terre », et avança à une vitesse affolante au-dessus d’Edmund, qui resta en garde. Léon lui bondis dessus, et ce ne fut qu’au dernier moment qu’Edmund l’évita d’un pas sur le côté ; le vampire ne s’écrasa pas pour autant, et tels un chat, retomba sur ses pattes avec une agilité effarante. Et rebondit, littéralement, sur le chasseur de démon, qui le contrat avec un Uppercut bien placé, comme si il avait prévu le coup.

Léon partit dans le plafond, mais se rattrapa avant de finir encastré. Dans les airs. En fait, des ailes, ressemblant à des ailes de chauves-souris, venaient de lui pousser. J’écarquillais les yeux, me les frottas, les rouvrit, totalement abasourdis. Les ailes semblaient s’être évaporées sous la forme de cette étrange brume violette, et il retomba délicatement au sol.
Edmund était essoufflé. Léon souris.

« Tu ne t’y attendais pas ?

-Fe’me ta gueule. »

Edmund sembla ne pas bouger, mais se retrouva pourtant en face de lui. Il déclencha alors une pluie de coup de poing ; Léon ne put rien esquiver, surpris par cette soudaine vitesse. Pour ma part, j’étais simplement incapable de les distinguer à l’œil nu ; c’était tout bonnement surréaliste. Quand Edmund arrêta, par un crochet qui envoya Léon au sol, le vampire fumait, littéralement. Mais Edmund était essoufflé, et ne tenais même plus ses bras.

« Quand… M’as-tu mo’du ?

- Au vingt troisième coups. Tu as laissé une faille dans ta garde à ce moment-là.

-Un sur cinquante t’ois…

-C’est un record. D’habitude, deux litres ne partent pas aussi vite. Ta pression sanguine était bien plus forte à ce moment-là, c’est tout. »

Edmund posa un genou au sol. Tous deux étaient incapables de bouger. Temporairement, du moins.



C’est à ce moment-là qu’Alizée arriva par l’escalier de service. Elle me vit, vit Edmund, qui la salua avec un sourire à moitié forcé. Vit Indigo, qui commençait à peine à frémir. Regarda le vigile et Sylvie, inconscients. Et enfin… Léon.

Qui trouva à ce moment-là force de se relever de sa manière si particulière.

« C’était donc toi, le vampire… Je m’en doutais un peu.

-Content de te voir aussi, Alizée. »

Il semblait être redevenu le Léon que je connaissais… Mais je distinguais clairement le rouge de ses globes oculaires et ses canines développées. Je me demandais ce qu’il préparait… Mais Indigo dissous, en une seconde, ma curiosité.

« Non… Alizée… Fuis… Sister… Part…

-Indigo, elle ne t’entend pas…

-Il faut qu’elle se barre… On va tous crever sinon… »

De mémoire, ce devait être la première fois qu’Indigo avait véritablement peur.

Léon s’approchait d’Alizée, boitillant, saignant.

« C’est donc avec un type comme lui que tu couches, maintenant ?

-Je l’aime. C’est différent.

-Comme tous les hommes que tu as « aimés » ? Ne me prend pas pour un con, s’il te plait. Si tu l’aimes comme moi, tu sais très bien comment ça va se finir…

-Edmund ne me trompera pas.

-Ne maintiens pas ta version des faits ! »

Son cri avait résonné dans tout le bâtiment. Mais pas de manière naturelle. Léon était en colère. Ses yeux étaient exorbités. Alizée avait cédé d’un pas en arrière.

« Tu sais très bien... Que ce n’est pas vrai… Que tu as menti… A Claudio… A Benoit… A tout le monde…

-Non…

-Tu ne peux pas me mentir à moi, Alizée ! »

Une brume épaisse s’emmagasina autour de lui, faisant voler ses vêtements déchirés. Ses yeux étaient plus rouges que jamais. Elle reculait, l’air effrayé.

« Tu as eu peur. Tu m’as rejeté. Je t’aimais. Je te faisais confiance, et je t’ai révélé ma nature. Ma malédiction. Mon fardeau. Tu ne l’as pas accepté. Tu as tenté de me tuer.

-Tu m’as abandonné…

-Quand tu étais enceinte ? Tu ne me l’as jamais dit. Je n’ai découvert ça quand le lisant dans la Classification de Benoit ; par pure déduction. Et
pour Carla… C’était pareil ? Tu lui as dit ? Elle ne m’a pas fait confiance et je n’ai appris que trop tard que j’avais été parent…»

J’écoutais, sans comprendre quoi que ce soit. J’emmagasinais juste ce qu’il disait. Alizée fut incapable de répondre quoi que ce soit. Edmund la regardait, abasourdi. Léon eu un rire sourd.

« C’est bien ce que je pensais. Mon état t’as conduit à me détruire. Me pourrir. Me laisser dominer par ma malédiction. Je vais d’une femme, à une autre, me servant de ma Fascination pour me nourrir… Mais je n’ai jamais cessé de penser à toi. »



Il s’avançait petit à petit vers elle. Dément.

« Et toi, tu as vogué d’un homme, à un autres, trompant, jouant, et mentant à Benoit pour te faire bien voir ! Je vois le tableau. Je te connais par cœur. Tu es un monstre, à l’intérieur. Depuis ta naissance. Et seule la lune peut te révéler ce que tu es vraiment…

-Benoit ! (Indigo était paniqué) Prend Sylvie ! Je me charge du vigile ! On doit se barrer d’ici ! »

J’obéis aveuglément à son ordre. Je n’arrivais pas à saisir tout ce qu’il avait dit, et j’essayais au moins d’en comprendre ne serais-ce que la portée ; mais surtout, mon regard étais attiré par autres choses : une lumière brillante, blanche, sphérique et lumineuse. Qu’Alizée fixait, paralysée.

Léon plaça la lueur devant ses yeux. Les canines apparentes, les yeux exorbités.

« Dans quelques secondes, cette orbe lumineuse les feras affronter ce que tu es vraiment. La vérité, Alizée. Survivront-ils à ta propre monstruosité ? »

Je venais de comprendre. Dans quelques secondes… Alizée subirait les effets de la lycanthropie. Et se métamorphoserait. Ce qui me faisait le plus peur au monde allait se reproduire. Mais cette fois, dans un huit clos, d’où je ne pourrais pas m’échapper.

« Court ! »

Le hurlement d’Indigo me donna un regain d’énergie brusque et monstrueux. Sa panique fut la mienne. J’entendis Alizée respirer fort. Grogner. Hurler à la lune. Le rire démoniaque de Léon. Mes pas dans l’escalator. Le poids de Sylvie sur mon dos.

La course du loup garou alpha.

Son souffle.

Son coup de patte me frôler.

Je tombais, face contre terre, sur le sol de l’étage. Me retournais dans un coup de pied, par réflexe. Entendis la voix d’Indigo hurler mon nom. Vit
Alizée.

Elle ressemblait traits pour traits à ce qu’elle était normalement, à vrai dire. Seulement, elle était beaucoup plus grandes, recouverte d’une sorte de couche supplémentaire de fourrure fauve, dotée d’une queue et de griffes. Et surtout, d’yeux carnassiers, jaunes et habité par une rage incontrôlable. Ces yeux avaient hantés mes cauchemars des années durant.

Elle leva son énorme patte vers moi, à quatre pattes sur les escalators.

Je restai comme paralysée, fasciné par la lueur meurtrière dans ses yeux.

« Bouge !!! »

Je roulais sur le côté, entrainant le corps inconscient de Sylvie, et sentit la griffe gigantesque me frôler les cheveux.

J’avais eu de la chance… Mais le deuxième assaut, qu’elle s’apprêtait à lancer, je ne pourrais pas l’esquiver. Elle était trop rapide, et j’avais devant moi le corps de Sylvie, qui m’empêchaient de bouger. Si je roulais de l’autre côté, elle se ferait écraser à ma place.

Je ne pus le concevoir.

La patte s’élança.

Je donnais un énorme coup de pied, le plus fort que je pus, dans le ventre de Sylvie, qui se poussa de quelques mètres.

Vit l’énorme patte s’arrêter net, à quelques centimètres de mon visage.



Un chtonk.

Deux chtonk.

Je ne comprenais pas d’où venaient ces bruits.

Alizée non plus, et elle cherchait.

Je levais les yeux. Eu ma réponse.

« Salle méchant ! Méchant méchant méchant ! »

Une petite fille fantomatique lançait des disques, des livres et des jeux vidéo « bon plan du moment » sur l’énorme loup Garou. Arielle. Cette gamine, aussi morte fut elle, venait de me sauver la vie, Indigo étant trop loin pour réagir. Et puis, elle, elle ne risquait pas de se faire tuer.
Je rampais sous la patte d’Alizée, me cachant comme je peux dans un coin. Pas dans les rayonnages, de préférence… Les Loups Garous sont rancuniers. Très rancuniers. Et ont le sens des priorités. Si j’étais une cible choisi au hasard, par pure agressivité sauvage, je n’avais pas commis l’erreur de me défendre. Je ne représentais pas, dans la tête du monstre, un danger potentiel. Hors, les rayonnages qui lui lançaient des objets l’agressaient. Elle fonça donc dedans avec force et fracas, et tenta de réduire à néant toute forme d’objets multimédia qu’elle put trouver. Sans se soucier le moins du monde des humains présent dans la salle.

Objets. Multimédia. Arielle.

Je fis comme un Tilt.

J’avais été stupide. Complètement stupide. Arielle ne pouvait pas être une dame blanche. C’était impossible, tout simplement parce qu’une dame blanche n’étais pas un esprit frappeur : aucune emprise sur l’environnement, aucune interaction physique possible.

Nous avions négligées cette partie de la NCF car Arielle n’était pas haineuse : elle ne hantait personne, et ne cherchait pas particulièrement à protéger le magasin. Ni Vengeur, ni Protecteur… Elle ne pouvait être que de la dernière catégorie.

Mais alors… Celle que nous prenions pour le fantôme d’une petite fille… Impossible. Inconcevable, même. Mais totalement cohérant.

« Benoit ! Edmund est dans la merde, mon gars ! »

Mes réflexions furent interrompues par Indigo. Il m’avait donné une gifle pour me sortir de mon flash de réflexion, et avait déposé le vigile à côté de moi.

Léon, lui, nous applaudissais, le pied sur la tête d’Edmund.

« Formidable. Se servir des fantômes comme d’alliés. Même si ce n’est qu’une simple diversion, elle a suffi à vous tirer d’affaire. Partiellement. »

Il donna un coup de pied à Edmund, qui ne réagit pas.

« Je crois que celui-ci est hors service. Je ne l’ai pas tué. Pas encore. Je veux la fille, avant toutes choses.

-Si tu penses que tu vas l’avoir, mon gars… Tu te mets le doigt bien profond, parce qu’on te laissera pas lui sucer le sang, tu vois ? »

Indigo avait retrouvé son sourire. C’était presque comme s’il allait s’allumer une cigarette. Je me demandais ce qui le rendait soudainement si confiant à l’égard de Léon. Celui-ci laissa pousser un rictus.

« Je te rappelle que tu t’es déjà fait battre, tout à l’heure. Tu dois avoir, quoi, deux ou trois côtes cassées ? Que tu tiennes encore debout me sidère.

-Tu t’es pris des coups de poing d’Edmund, mon gars. Plein. T’es dans un pire état que moi. »

Il mit son poing en avant, et fit un énorme doigt d’honneur au vampire, qui ne souriait déjà plus.

« Pis j’te rappelle que je porte, allez, facile cent kilo de muscles sur le dos en sprint, alors ta complaisance, tu te la fous bien profond, tu vois ? T’es p’tètre la victime d’une immonde machination d’Alizée, genre tu souffres trop et tout, mais pour moi, t’es juste un vampire de merde, mon gars. Une saloperie de démon. Alors ramène-toi, qu’on en finisse enfin ! J’t’éclate, comme je veux, mon gars !

-Comme tu veux… Hum. »

Il apparut, juste en face d’Indigo, dans un nuage de brume caractéristique. Ses yeux affichaient une expression de haine pure. Indigo me lança un dernier regard, un dernier sourire… Avant de se prendre de plein fouet un coup de pied latéral, directement dans la joue.

« Je te tuerais en premier. »

Son ton était glacé. Et il passa devant moi en marchant, m’ignorant totalement, rejoignant le jeune homme quelques mètres plus loin, au sol, quasiment inconscient. Un détail me troubla…

Ses yeux étaient imbibés de larme.

Indigo avait tout simplement énoncé tout ce qui aurait pu faire souffrir Léon. Je ne compris d’abord pas l’intérêt de le mettre en colère à ce point. La réponse m’apparut comme le nez au milieu de la figure : pour le rendre beaucoup moins à l’écoute. C’était une diversion… Mais pourquoi ? Edmund était au sol, et il était le seul à pouvoir lutter contre ce monstre…

A moins que…

Je tournais la tête vers l’afro américain. Celui-ci se levait, comme si de rien n’était. Il avait simplement simulé. Edmund préparait donc quelques choses… Impossible, en effet, de battre Léon de front. Ni de s’enfuir : la rage destructrice d’Alizée allait considérablement retarder toutes tentatives de rejoindre le deuxième étage et, donc, la corde. Et de toute façon, nous n’allions pas laisser Léon seul avec Arielle : qui sait quels autres pouvoirs avait-il ? Se transformer en brume et recréer une mini lune artificielle n’étais sans doutes pas ses seuls forces occultes.
Ce « monde invisible »… C’était la seule solution plausible.

Edmund regarda Léon, qui ne faisait aucun cadeau à Indigo. Me regarda. Me sourit. Quelque chose avait changé. Un détail qui, je m’en doutais, avait une importance capitale. Trois fois rien. Juste deux tatouages apparaissant sur son épaule et s’allongeant jusqu’à ses mains. Des motifs informels, abstraits, serpentant entre ses doigts et remontant dans son cou. Jusqu’à son front.

« Léon ! C’est pas fini ! »

Le chasseur de démon avait retrouvé son éternel sourire. Léon, lui, tenait Indigo par le cou, s’apprêtant à le mordre. Quand il se retourna vers Edmund, sa colère était tellement forte que sa brume bouillonnait, littéralement. Il fendu les murs du premier étages.

Je me tenais entre le regard de ses deux monstres, avec Jonathan le vigile et Sylvie à mes pieds. Une situation que je ne souhaite sincèrement à personne.

« Tu comptes passer dans l’Invisible ? Pas trop tôt, j’en avais marre de t’entendre parler petit nègre.

-Ho ! Soit pas ‘aciste, là ! »

Sur ses mots, ses tatouages eurent une réaction étrange. Ils… Se mirent à briller… D’une lumière blanche, pure, d’ont je ne pouvais détacher les yeux. Une lumière qui se propagea dans toute la Fnac, m’aveuglant, m’absorbant, absorbant Léon et Indigo que je sentis s’évanouir au même moment. C’était pur. Reposant. Uni.



En revanche, quand la lumière s’éteignit… Je flottais. En apesanteur. Soulagé de la douleur et des blessures.

Je n’arrivais plus à distinguer le sol du plafond, le bas du haut, la lumière des ténèbres. J’étais comme perdu, enrobé dans une fatigue pure, baignant dans un bien être me donnant la chair de poule, un plaisir presque douloureux. Ce n’était pas une sensation qu’on pouvait décrire avec des mots… J’étais là physiquement, mais c’est comme si mon âme parlait d’elle-même, comme si tout mon être était dans une sorte de veille.

« L’Invisible… »

Ce qui me sortit de cette étrange torpeur ne fut autres que la voix de Sylvie. Elle était bien là, réveillée, à côté de moi. Bien qu’elle semblait… A l’envers. Derrière elle, lointains et proche à la fois, comme sur un plan différent, du rouge, du noir, mouvant, bougeant dans tous les sens, semblait former des corps, des visages, crier douleurs, désespoirs et colère. Je reprenais petit à petit mes esprits, senti bientôt une sorte de sol sous mes pieds. Un sol invisible.

Sylvie, elle, se retournait tranquillement, marchant sur un escalier sans incarnation physique, tandis qu’elle parlait et s’asseyait à côté de moi. Je
la contemplais, fasciné par cette aisance et cette résurrection soudaine.

« Je te déconseille de bouger, expliqua-elle : certaines zones sont sécurisées, à l’abri des démons venus chercher leurs pitances. D’autres ne le sont pas…

-Des… Démons ? »

Elle me regarda comme si j’étais un parfait idiot. J’avais peur de détacher le regard de ses yeux.

« Ici, c’est l’Invisible. L’autre monde. Mais ça, c’est le nom commun, pour les simples d’esprit ou les pactiseurs ayant peur de la véritable appellation de cette endroit.

-Mais encore ?

-Fovea Daemonum. »

La fosse des démons. Je frémis.

« Pour faire simple… C’est ici que les âmes démoniaques vont, avant de se recycler en un nouveau fils de démon, pour un nouveau pacte. Ou en nourriture.

- Les âmes démoniaques ?

-Chaque fois qu’un homme souffre, une âme démoniaque est créée. C’est ici, Benoit, que le désespoir des hommes se concentre. Le puits du malheur. Ici… L’incarnation de la poisse et de la misère de l’humanité se retrouve. »

Je m’asseyais, soudain mal à l’aise.

« Quand un démon cherche à se nourrir, ou à créer un de ses sujets… Il vient ici. Et il pèche.

-Les démons dévorent des âmes ?

-Des âmes démoniaques. Ce ne sont pas de simples fantômes qui se trouvent ici. Nous ne sommes pas dans le monde des morts ; d’ailleurs, personne n’a jamais pénétré ce monde-là. Le malheur que tu vois n’est le malheur de personne en particulier, c’est juste… Le malheur. Une mer de larme et de sang composé des gouttes d’eau qu’apportent en permanence sept milliards d’êtres humains.

-Alors comment les démons font pour construire des âmes à partir de là ?

-Ils le peuvent, c’est tout. Seul les pactiseurs ont vus des démons d’assez prêt pour qu’on puisse certifier leurs existences.

-Les pactiseurs… Ceux qui font des p actes… Comme…

-Léon. Exactement. »

Elle fit une pause, regardant le sol vide. Puis se parlant comme à elle-même.

« Un être d’ont l’âme a été remplacé par une infime partie du malheur de l’humanité pour devenir la personnification de cette souffrance. En échange… Ils sont condamnés à pleurer leurs sorts aussi longtemps qu’ils vivent. Et à ne pas pouvoir accéder au stade d’âme seule. Ces être-là n’ont qu’une seule peur : celle de la mort. Car ils savent qu’une fois passé de vie à trépas, ce n’est qu’une mer de souffrance qui les attend.

-C’est…

-Horrible ? Oui, sans doute. Mais c’est le sort qu’ils ont choisis. Pour une raison ou pour une autre.

-Une raison ou une autre ? C’est stupide ! Qu’est ce qui pourrait conduire un homme à choisir de souffrir toute sa vie ?

-Une souffrance plus grande encore, sans doutes. »

Elle regardait en face d’elle. Je ne bougeai pas quelques secondes, abasourdis par le sort que Léon avait choisi, contemplant derrière Sylvie cet océan de misère. J’avais commis une erreur de jugement. Léon n’avait pas changé. Il avait juste choisi de se détourner de sa souffrance, en s’infligeant une malédiction… De temps en temps, des fragments de cet ensemble informel se détachaient, et étaient absorbés par le vide. De la nourriture...

Je me rendais compte de quelques choses.

« Nous sommes seuls ?

-Regarde autour de toi. »

Je tournais enfin la tête.

Peu éloigné de nous, Indigo était assis, tenant sous ses fesses Jonathan et Alizée (humaine), semblant flotter. Il me salua avec de grands gestes.

« Rares sont les humains à supporter d’être ici, me dis Sylvie. La plupart du temps, ils sont étouffés, impuissant face au poids de la misère.

-Je les comprends… Et nous trois ?

-Nous trois… »

Elle soupira.

« Nous sommes, d’une quelconque manière, reliée aux autres mondes. Que ce soit au monde des morts via les fantômes… Ou aux Foveas. Les changements de monde nous affectent d’ailleurs d’une manière assez inédite : ils nous réparent le corps, jusqu’à sauver d’une mort certaine.

-Même de…

-Même de maladies supposées mortelles, oui. »

Un détail ne m’échappa pas : elle regardait du coin de l’œil Indigo. Je ne posais pas d’avantage de question sur ce détail, par peur de découvrir l’intimité d’un homme que je ne parvenais pas à cerner malgré notre lien. Et puis, je pensais toujours, dans un coin de ma tête, à Léon, ce qui me troublait. Je changeais de sujet.

« Il y en a d’autres ?

-De quoi ?

-Des mondes.

-Un autre. Réfléchis : s’il y a un puits de malheurs… Il y a aussi un puits de bonheurs…

-Fovea Angeli ?

-Gagné. C’est le même principe. Et avant que tu ne poses la question : il existe bien des anges, et il leurs arrivent aussi de faire des pactes.

-Je l’avais compris. Ce n’est pas ça que je me demandais… Ou sont Léon et Edmund ?»

Elle pointa du doigt une direction que je suivi. Ma mâchoire resta ouverte de stupeur.

Je ne distinguais en vérité plus vraiment Edmund, ni Léon. Seuls deux lumières vives et mouvantes, l’une mauve et l’autre argenté, se détachaient de la mer de malheurs, s’entrechoquant avec une violence que je pouvais ressentir malgré les kilomètres nous séparant surement. C’était rapide ; si rapide que le son des chocs brutaux nous parvenaient en décalé, résonant entre les cris et les plaintes. Quelques minutes passèrent ainsi, violentes, inhumaine, avant qu’un dernier assaut plus violent que les autres ne les projettes chacun aux deux extrémités de mon champ de vision.

Là, enfin, je pus les distinguer.

Léon n’avait plus du tout l’apparence d’un humain ; en vérité, il ressemblait plus à une énorme chauve-souris, aux deux ailes titanesques, entourés de cette brume violette. Ses yeux brillaient de fureur, ses crocs étaient gigantesques, tellement qu’il ne pouvait plus fermer sa bouche. Ses cris déchiraient la mer de souffrance, ressemblaient à un râle pétrifiant. Quand à Edmund… Il ressemblait en tout point à ce qu’il était avant. A la différence près qu’il était entièrement… Argenté. Recouvert de ce métal de la pointe de sa dreadlocks à ses orteils, ses avants bras et ses poings ayant grossis de manière disproportionnée. Il était devenu un homme d’argent. Et son sourire était plus éclatant que jamais, reflétant la lumière rougeâtre de la mer du malheur.

« Ferme la bouche, Benoit, me dis Sylvie ; c’est un spectacle assez incroyable, mais tu as l’air stupide.

-C’est…

-De la pure fantaisie. Certes. Mais nous voyons bien des fantômes, nous. Qu’est ce qui te surprend ? »

J’essayais de formuler une phrase, mais mes lèvres s’agitaient dans le vide. Sylvie parla pour moi.

« Edmund se définit comme « chasseur de démon ». Mais, en vérité, ce n’est pas tout à fait le cas. Disons qu’il est, en vérité, ce qu’on appelle un Evangile. Un être pouvant voyager comme il le souhaite entre les deux Fovea et le monde humain, chaque monde lui apportant une force différente ; ça se voit sur son physique. En revanche, il ne peut pas amener un pactiseurs dans un monde… Opposé, disons, sans le tuer. Il préfère les vaincre sur leurs propres terrains, quitte à s’imposer une difficulté supplémentaire, refusant de tuer quiconque ; question de principe, sans doutes... Un Pactiseur démoniaque sera évidemment surpuissant dans la Fovea Daemonum… »

Elle sourit.

« Toutefois… Un Evangile de la trempe d’Edmund ne fera qu’une bouchée de Léon. »

La démonstration de sa thèse ne se fit pas attendre.



Les énormes avant-bras de l’Evangile commencèrent à crépiter, sujet à une monstrueuse pression venant des motifs imprimés dans l’argent. Je crus d’abord que l’assaut allait reprendre… Mais Edmund ne réagis pas quand la chauve-souris géante lui fonça dessus. Au contraire, il était même extrêmement détendu, levant juste un bras vers lui.

Les motifs de ses avant-bras serpentaires.

Se détachèrent.

Se transformèrent en chaine, volant tels des lianes au-dessus du combattant d’argent, et fondirent sur la chauve-souris, qui n’eut pas le temps d’esquiver quoi que ce soit. Elle tenta de se débattre, mais les chaines l’enlacèrent, lui arrachant des cris de douleurs horrifiants. J’avais mal pour lui, tant les chaines semblaient l’étrangler et le bruler. La brume tentait de se battre contre ces armes, mais fut absorbé, annihilé. Edmund jubilait.

« Et oui, c’est plutôt nouveau pour toi, je comprends que tu sois surpris. Les Chaines du Jugement. Une simple technique d’entrave. Epatant, hein
? J’ai mis pas mal de temps à pouvoir l’utiliser correctement. »

Son accent avait totalement disparu, et sa voix était désormais grave, avec un léger écho se rependant dans la Fovea.

« Tu sais quoi ? Ça fera une manche partout. A notre prochain combat, on verra lequel de nous deux aura définitivement une force supérieure.
Mais ça, ce sera quand on aura tous les deux le même niveau d’entrainement… Et en attendant… »

Il ramena son poing vers lui, et les chaines se tendirent, se rétrécirent, amenant avec lui un Léon complètement bloqué. Se servant de l’élan, Edmund donna un énorme coup de poing, de toutes ses forces, dans la tête de Léon. Un coup de poing d’ont le choc se répercuta jusqu’à nous, faisant rire Indigo, un peu plus loin.

Le poing brilla alors, et renvoyant les chaines un peu plus en l’air, Edmund répéta l’opération, tel un enfant jouant avec un bilboquet. La deuxième onde fut toutefois bien plus… Lumineuse. Comme un flash. Qui nous ramena, sans qu’on ne comprenne comment, à la Fnac de Bordeaux.

Je me retrouvai les fesses par terre, sans comprendre ce qui se passait vraiment. Je ne m’habituais pas au changement de monde. En revanche,
Sylvie retomba sur ses jambes. Elle me regardait malicieusement.

« Les changement de monde sont relativement courants dans notre activités. Les Pactiseurs sont sensibles aux lieux contenant beaucoup d’âmes.
Tu vas devoir t’y habituer. »

Je ne l’écoutai déjà plus : l’image que me renvoyais Edmund, fixé dans le temps en un uppercut porté à Léon, encore dans les airs, allant s’encastrer au ralentis dans le sol du premier étage, me subjuguais. Tous deux avaient les vêtements déchirés, et seul leurs pantalons restaient : leurs jambes n’avaient en effet pas changé de dimension avec leurs métamorphose. Ils saignaient.

Léon retomba, au sol. Totalement K-O.

Edmund avait définitivement gagné. Il ahanait.

« Putain… C’était chaud cette fois… »

Il posa un genou au sol.



Quelques secondes passèrent sans que rien ne bouge.

Indigo fut le premier à se lever, toujours assis sur le vigile et Alizée. Un détail me fit d’ailleurs légèrement sourire: elle était totalement nue. La métamorphose en loup-garou avait pour effet immédiat de déchirer l’intégralité des vêtements... Quand Indigo s’en rendis compte, il éclata de rire.

« Hey bah putain, mon gars, tu te fais pas chiez ! C’est qu’elle est plutôt bien foutue ta lycanthrope, Eddy !

-A’’ête de mater ma meuf et habille là, po’tugais de me’de !

-Relax, négro. Ça fait un quart d’heure que je suis assis dessus, tu vois ? J’aurai tenté quelques choses, si j’avais quelques choses à foutre de ta copine.

-Ouais, mais elle est su’ un vigile, là, a’’ête de déconner, putain !

-Le vigile, il dort, mon gars. (Il donna un grand coup de pied dans le flanc de Jonathan pour illustrer). Le seul mec qui est dans la capacité de bander ici, c’est Ben’, tu vois. »

Je tiquai en entendant mon prénom. Il se roula une cigarette, l’air de rien. Edmund me regarda alors, brusquement. Je frémis en voyant ses yeux rendus presque entièrement blanc, mue par la fatigue, et cria en le voyant approcher à quatre patte.

« Stop mater ma copine, toi !

-Mais… Mais non ! (Il commençait à tenter de me faire une prise en m’attrapant par la nuque) Arrête ! J’ai rien fait !

-T’es un menteur, Ben. Tu admires son corps de rêve, et tu crois qu’on l’voit pas ? Renchéris Indigo en allumant sa cigarette.

-Tu parles d’un frère… Bonjour la solidarité… » Soupira Sylvie en s’éloignant, me laissant à mon triste sort.

Alors que je pensais mes chances de survie plus que compromise, je vis un livre passer au-dessus de ma tête, et atterrir sur la tempe d’Edmund, qui tomba au sol d’épuisement, sans comprendre ce qui venait de l’achever. Mais moi, qui pouvais voir Arielle, je n’eus aucun mal à discerner d’où venait le livre.

Elle me sourit, et je la remerciais d’un signe de main. Enfin… LE remerciais d’un signe de main. Si ma théorie était juste…



Il fallait que je le dise. Que je dévoile la vérité. Qu’on en finisse.

Sylvie alla voir le fantôme à l’apparence de petite fille.

« Je suis désolé. On a causé beaucoup de raffuts pour rien… On n’aurait pas dû venir. Tu es sans doute un type de fantôme qu’on ne connait pas…

-Si. On connait, Sylvie. »

Je me relevais. Craqua mes doigts et mes articulations. Indigo haussa un sourcil, soudain intéressé.

« Qu’es ce que tu veux dire, mon gars ?

-Que Arielle est tout… Sauf un esprit docile. En vérité, c’est un esprit frappeur. Un être on ne peut plus haineux. »

Sylvie tiqua, se plaçant entre moi et la petite fille.

« Que veux-tu dires ? Arielle n’est pas dangereuse…

-Pas pour nous. Pour elle. »

Indigo toussota, faisant tomber sa cigarette dans un juron.

« Attend, là, je te suis plus…

-Disons que… Cette Arielle, que vous avez devant vous, n’est pas la Arielle originelle…

-Une imposture ?

-Exactement. »

Sylvie se retourna vers la petite fille, qui me regardait avec de grands yeux pleins d’incompréhension.

« En vérité, il ne s’agit pas d’Arielle. C’est l’esprit d’une autre personne… Qui a pris son apparence.

-Nous ne connaissons pas ce genre de fantôme…

-Si. Nous en connaissons. Un seul type de fantôme. Un être qui, une fois mort, se métamorphose en créature reflétant ses regrets, ce qu’il n’était pas. En tout cas… C’est comme cela que le Suicidé est décrit dans la NCF. »

Sylvie semblait abasourdie. Indigo fit un signe de la main, pour que je développe.

« Si ma théorie est juste, le vrai prénom de cet esprit frappeur… »

Je pris ma respiration. Fixa la petite fille, en larme. En espérant que ça marche.

« Est Lilian. Le tortionnaire d’Arielle. »

Sylvie regarda la petite, qui se mit les mains devant ses yeux, pleurant en silence, mue par la surprise et, peut-être, le remord.

« C’est Impossible, Benoit, répondit sèchement Sylvie. Les suicidés…

-Prennent une forme reflétant leurs regrets, leurs souffrances, et leurs remords passés. Ça correspond.

-Mais pas une forme humaine !

-Rien ne l’exclu. Rien ne l’a jamais exclu. Surtout si l’humain en question est l’objet des remords de la personne… »

Sylvie serra les poings. Mordit sa lèvre inférieure. Je savais qu’elle s’était particulièrement attachée à ce fantôme. Qu’elle avait passé des après-midi à lui parler. A l’écouter. Qu’elle avait sincèrement voulu l’aider. Qu’elle apprenne que, depuis le début, elle avait affaire à un assassin pédophile…

« C’est quand même étrange, qu’il en soit arrivé là… »



Une voix, derrière nous. Une voix d’homme, légèrement rauque.

« J’ai entendu votre conversation, sans l’faire exprès… (Jonathan décala Alizée de son dos, non sans gêne due à sa nudité, et tenta de se relever, chancelant. Indigo se jeta sous lui pour le soutenir.) Merci, p’tit… Enfin, pas merci pour le coup de pied qui m’a réveillé, mais pour m’aider, merci… Alors comme ça, vous voyez Lilian, et il a pris l’apparence de la gamine morte ici, hein ? »

Indigo nous regarda avec des yeux interrogateurs. Jonathan le remarqua.

« Laisse… Je vous crois… C’est complètement dingue, mais je vous crois… J’ai déjà vu un vampire et un gamin se battre comme Bruce Lee aujourd’hui, alors, je suis pas à un truc magique près… »

Il parla alors un peu plus fort.

« Hey ! Poto ! Je sais que t’es ici ! Alors écoute : je sais ce que t’as fait. Tout le monde le sait. Tu t’es tiré avec la gosse, dans les sous-sols. Après avoir fait… Ce que t’as fait… Tu t’es tué. Doriane le sait. Enzo le sais. Même ta petite Aglaé, elle l’a compris, a sa manière… Mais… Ta famille t’en veut pas, au fond… »

Arielle sortit les mains de devant ses yeux. Elle pleurait… Mais quelque chose dans ses yeux avait changé. Lilian continua. Il avait des larmes dans les yeux, et semblait se retenir.

« On sait tous, même si t’en a jamais parlé, ce qui t’es arrivé. L’histoire avec ce clodo, quand t’étais gamin… On sait qu’au fond, t’as jamais voulu faire ça. Et tu sais quoi ? Je pense que même la petite l’a compris. Quand on l’a retrouvé, avec toi… Elle avait le sourire aux lèvres, et les larmes aux yeux. Elle avait vu ta souffrance. Je sais pas… Comme si elle savait que… T’avais mal, encore plus qu’elle… »

Cette fois, il pleurait vraiment. Arielle regardait le sol, honteuse.

« La famille de la petite est en deuil. Mais elle a compris que t’avais eu honte. Honte de toi. Que t’avais pas pu vivre avec ça sur… »

Il ne put dire un mot de plus. Indigo le soutenait toujours. Nous, nous ne pleurions pas. Les enfants de l’équinoxe assistaient souvent au deuil et à la tristesse des hommes et des femmes, à la souffrance de ce monde et à la folie de la conscience ; plusieurs fois, depuis les deux semaines s’étant écoulées, j’avais vu ce genre de scène. Je me demandais si nous, incapable de ressentir de l’empathie pour la souffrance de ses gens… Etions resté humain. Depuis que nous nous étions occupés de cette boulangère, je n’avais plus pleuré, je n’avais plus exprimé la moindre empathie à l’égard des victimes.

Sylvie m’avait dit un jour que si nous étions là, c’était pour rendre le sourire à des morts, et les permettre d’atteindre la paix. Notre devoir était de ne pas exprimer de tristesse. Nous devions sourire. Car nous ne faisions que du bien.

« Elle m’a dit, avant de mourir… Qu’elle n’avait pas mal… »

C’était le fantôme qui parlait. Un fantôme revenu à sa forme originelle. Celle d’un homme aux grands yeux bleus pale.

« Je suppose que c’était pour me décharger de tout ça… »

Il sourit.

Disparu, s’effaçant dans l’air.

Assister au dernier voyage d’une personne étais toujours quelques choses d’incroyable. C’était une sensation difficile à décrire. Comme si l’âme elle-même vibrait, comme si elle désirait partir avec lui. S’en suivait une douce sensation, mélange de satisfaction et d’une sorte d’étrange nostalgie. Comme si l’âme savait ce qui l’attendait, au-delà de la mort.

Indigo lâcha Jonathan, délicatement, l’aidant à s’assoir. Moi, je posais une main sur l’épaule de Sylvie. Elle ne réagit pas, fixant le lieu où, quelques secondes plus tôt, se tenait Arielle… Non. Lilian et le souvenir d’Arielle.

La fin de cette soirée, je ne m’en souvins qu’assez vaguement, épuisée par les évènements. Je sais qu’Indigo réveilla Edmund, qui ramena Alizée chez elle. Qu’Indigo s’occupa de Léon en se basant sur sa carte d’identité, et que je ramenais Sylvie chez elle. Nous n’échangeâmes pas un mot. Je me posais trop de question, et elle était trop troublée par son erreur de jugement. Nous laissions donc la nuit nous envelopper, froide et noire, dans les méandres de nos erreurs et de nos esprit.

Je serais fixé le lendemain, de toute façon.



7.

« J’ai quitté Edmund. »



Sur l’un des bancs du Lycée, nous étions assis l’un à côté de l’autre. Je n’avais pas dit un mot et, depuis Vendredi, nous ne nous étions pas parlé. Mais elle me devait des explications. Et nous nous étions donné rendez-vous dans la cour principale, après les cours. Elle n’osait pas me regarder.

« Alors Léon avait raison ?

-…En partit. »

Je soupirais. Sa réaction fut plus vive que je ne l’imaginais.

« Ecoute, Ben ! Je… J’ai pas envie, ok ? J’ai pas envie d’être mêlé à tout ça. Toutes ses histoires de monstre, de paranormal, de ce genre de truc. Je suis déjà un… Putain de monstre…

-Oui. Je l’avais vaguement compris, merci de me prendre pour un abruti jusqu’au bout.

- Ecoute-moi ! »

Elle était maintenant énervée.

« Ce type, comme Edmund, sont des gens dangereux. Des types qui vont se mêler d’histoire ou on risque de me transformer n’importe quand, n’importe où, comme l’autres jour. J’ai peur de tout ça.

-Et de moi, t’en a peur ?

-… Non, toi tu es…

-Un type qui voit des fantômes. Le genre de choses qu’on croise dans la rue.

-Tu n’affrontes pas des Démons, toi !

-Des Pactiseurs ! »

Ca y est, j’étais énervé.

« Ce que tu comprends pas, Alizée (j’avais du mal à parler sans crier) c’est que tu n’es pas toute seule. Tu te transformes en loup géant à la pleine lune si tu ne prends pas de petite pilule ? Parfait. C’est triste. Maintenant, imagine ça, toutes les nuits, et sans médicaments.

-C’est un monstre, ça ne change rien !

-C’est mon ami ! »

Ca y est, elle avait définitivement réussi à me faire bouillir de rage. J’étais debout, la regardant de haut.

« Ce type, nous le connaissons depuis longtemps ! Le primaire ! Ca a toujours été quelqu’un que j’appréciais, que j’admirais. Et depuis que Jérôme… A cause de tes mensonges, je lui ai tourné le dos. Au moment où il avait le plus besoin de moi. Pour toi. »

Elle me regarda, les yeux brillants. Mais ce regard de pitié ne fonctionnait plus.

« Jérome n’aurait pas voulu que tu te fiches de nous comme ça. Que tu mentes sur Léon…

- Jérome n’est pas en état d’en avoir quelques choses à foutre. Je me fiche de son avis, de toute façon. Et Léon est très bien entouré, il n’a pas besoin de toi. »

Elle se leva.

« Moi, j’ai besoin de toi.

-Pas moi. »

Une larme coula sur sa joue.

« Tu pourras me dire tout ce que tu veux, Alizée. Que tu souffres, que tu déprimes, que tu sors qu’avec des enfoirés. Je n’entendrais rien temps que tu me mentiras sans avoir de remords. Je ne veux même pas chercher à comprendre pourquoi tu as quitté Edmund, mais si Léon a raison… C’est la dernière fois que je te parle. Parce que quitte à choisir, je préfère choisir quelqu’un d’honnête. »

Je tournais les talons, vers la sortie. Sans me retourner. Je baissais la tête. Cette décision me faisait souffrir, mais je regrettais trop de m’être fait berner toute ses années pour réfléchir à une solution arrangeant tout le monde. Je savais qu’elle allait sans doute pleurer, et regretter, et que Claudio allait me faire la tête pendant un moment. Mais…

« Il est temps que vous vous affirmiez, en effet. »



Cette voix.

Adossé au portail, le proviseur me regardait, son expression toujours aussi indéchiffrable. Je n’étais absolument pas d’humeur à recevoir ses conseils de vieux sage.

« Qu’est-ce que vous faites là ?

-J’estime avoir le droit de me promener dans mon lycée. Ou dans la rue. Je suis un être humain, que je sache, aussi libre et égal en droit que…

- Epargnez-moi vos discours. Vous m’espionniez, quand je parlais à Alizée.

- Direct, et perspicace avec ça… Bien. »

Il s’assit sur un banc, l’air de rien, et m’invita à en faire de même. Je déclinais d’un signe de la main. Ce Mouriel réussissait l’exploit de m’exaspérer et de m’effrayer à la fois.

« Je me demandais juste si vous aviez réfléchi votre décision d’abandonner mademoiselle Geubler à son sort…

-Ça ne vous regarde pas.

-Dans une certaine mesure, si. »

Il fouilla dans la poche intérieure de son blouson, et sortit une plaquette de son portefeuille. Un insigne, comme celle de la police. Mais avec, pour symbole, une étoile a sept branche avec, au centre, un motif évoquant un œil. Les initiales « CRS », dorées, me firent frissonner.

« Vous…

-Oui. Cette petite est sous surveillance du CRS. Depuis l’incident de… Enfin, vous étiez là. »

Le CRS. Le Centre de Recherche Supranormale. Un organisme international, basé à Paris, chargé d’étudier et de contrôler les phénomènes et les êtres que l’état cherche à cacher à la population. Il y a quelques années, Alizée avait déclenché une panique générale dans la ville en se transformant, et des camions portant cet emblème avaient réussi à emprisonner l’énorme monstre. Le centre avait effacé la mémoire des témoins, mais j’y avais résisté, sans que je ne comprenne comment et pourquoi.

« Inutile de te dire, continua-t-il, que nous avons remarqué tes capacités plus qu’extraordinaire. Les enfants de l’équinoxe, comme tu les appelles avec tes collègues, sont rares, et activement recherchés, surtout quand ils sont aussi efficaces que vous… Vous avez fait des miracles, à la Fnac. Et cet Evangile indépendant…

-Vous nous espionnez !

-Depuis un moment. Enfin, disons que je suis… »

Plus ou moins en contact avec toi.

Je sursautais. Cette voix… C’était la sienne… Et pourtant…

« Je n’ai pas prononcé un mot. »

Je ne dis rien, surpris.

« Vous croyez que vous êtes des cas isolés ? Je dispose moi aussi d’une habilité qui m’est propre. Mais c’est plus simple quand on ne nait pas humain. Etre l’un des derniers représentants d’une race quasiment éteinte aide à développer… »

Des pouvoirs télépathiques. Les Elfes en ont tous.

Il souleva légèrement son chapeau, et retira un morceau de son oreille, discrètement, me faisant voir un bout de son oreille pointu. Puis, il plongea une main dans son portefeuille, et sortit une carte, au symbole de CRS, avec un numéro de téléphone.

« Le CRS sont une organisation contrôlant et cachant des capacités extraordinaires aux humains. En vous engageant à nos côtés, vous et vos deux camarades pourront exercer vos activités avec de meilleurs moyens, et, en bonus, être rémunérés. Ce n’est pas un salaire immense, certes, mais ça vaut un travail estival. Vous devriez en parler à ceux qui ne sont pas au courant… Vous serez, entre autres avantages, conduits à voyager pour régler certaines affaires gênantes. Nous sommes une organisation internationale, après tout. »

Il se releva. Me salua du chapeau.

« Vous n’êtes pas obligé d’accepter mais, si vous refusez, nous vous empêcherons d’exercer clandestinement votre travail. Je vous laisse, disons, jusqu’à votre anniversaire, pour réfléchir. D’ici là, je ne m’infiltrerai plus dans votre tète.

-Et comment je peux vous faire confiance ?

-Vous avez ma parole, Benoit Sauvage. »

Ce n’était pas vraiment suffisant. Mais il semblait s’en contenter, regagnant tranquillement son bureau. Je le regardais partir. Inspecta la sobre carte. Je n’avais absolument pas fois en lui, et encore moins en cet organisme aux méthodes violentes et discutables.

Je rangeais la carte dans ma poche, et sortit du lycée. Il faudrait que j’en parle à Indigo et Sylvie. En attendant… Je rejoignais Léon, sur la place des Quinconces.

Nous avions beaucoup à nous dire.
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le Jeu 25 Avr 2013 - 20:44
Eh bien, c'est la fête, entre les lycans, les anges, les démons, et maintenant les Elfes. On va dire que tu as encore le contrôle de l'univers, et y a un background assez solide pour contenir tout ça, mais attention à ce que ça ne devienne pas un trop gros mindfuck. Je maintiens que l'ajout d'OST est idéal et favorise la lecture ^^.


-Chaque fois qu’un homme souffre, une âme démoniaque est créée. C’est ici, Benoit, que le désespoir des hommes se concentre. Le puits du malheur. Ici… L’incarnation de la poisse et de la misère de l’humanité se retrouve. »

Kingdom Heaaarts /o/.

J'ai bien aimé la scène du retour express à la Fnac. Ca doit être quelque chose, d'autant plus que j'ai encore plus de facilité à voir la scène, comme je vis près de Bordeaux xP.
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le Sam 25 Mai 2013 - 10:23
Vous pouvez retrouver de nouveaux chapitres sur le blog de Scott :

http://vdmcsi.skyrock.com/

(Je trouverais cependant aussi plus convivial que tu continues à les diffuser sur NW, d'autant plus qu'il y a une option pour rajouter des players vidéos, et ce, même si je suis l'un des seuls lecteurs).
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